VARIATIONS SUR LE MOT « FALOT, FALOTTE
Falot, falotte !
Sous l'aigre averse qui clapote.
Un chien aboie aux feux-folîets, Et puis se noie, taïaut, taïaut !
La Lune, voyant ces ballets,
Rit à Pierrot !
Falot ! falot !
Falot, falotte !
Un train perdu, dans la nuit, stoppe, Par les avalanches bloqué; Il siffle au loin ! et les petiots Croient ouïr les méchants hoquets
D'un grand crapaud !
Falot, falot !
Falot, falotte !
La danse du bateau-pilote, Sous l'œil d'or du phare, en péril Et sur les steamers, les galops Des vents filtrant leurs longs exils
Par les hublots !
Falot, falot !
Falot, falotte !
La petite vieille qui trotte, Par les bois aux temps pluvieux, Cassée en deux sous le fagot Qui réchauffera de son mieux
Son vieux fricot !
Falot, falot !
Falot, falotte !
Sous sa lanterne qui tremblote, Le fermier dans son potager S'en vient cueillir des escargots, Et c'est une étoile au berger
Rêvant là-haut !
Falot, falot !
Falot, falotte !
Le lumignon au vent toussotte, Dans son cornet de gras papier; Mais le passant en son pal'tot, 0 mandarines des Janviers,
File au galop !
Falot, falot !
Falot, falotte !
Un chiffonnier va sous sa hotte; Un réverbère près d'un mur Où se cogne un vague soûlaud, Qui l'embrasse comme un pur,
Avec des mots !
Falot, falot !
Falot, falotte !
Et c'est ma belle âme en ribotte, Qui se sirote et se fait mal, Et fait avec ses grands sanglots, Sur les beaux lacs de l'Idéal
Des ronds dans l'eau !
Falot, falot !
Chevreuse, septembre 1884.