CHAPITRE XIV
Intrigue des Guises en Allemagne. (1562.)
Sur un superbe livre d'Heures, manuscrit du quatorzième siècle, qui fut le livre usuel de Pie VII à Fontainebleau, parmi des miniatures délicieuses de fleurs et de jeux d'enfants, imagerie sensuelle, mais adorablement naïve, je trouvai sur un feuillet une chose qui me fit reculer, comme eût fait une tache de sang. C'était ce mot ajouté, d'une grande, belle et forte écriture du seizième siècle : Parvenir ou mourir. Puis le funèbre millésime de la Saint-Barthélémy : 1572.
Quelle main écrivit cette note sur ce livre royal, qui n'a appartenu qu'à des rois, des princes ou des papes ? Je n'en sais rien. Mais je sais bien que dans la sinistre effigie de François de Guise, dont j'ai parlé, j'ai cru lire les mêmes mots, en terribles caractères, datés de 1562 ou du massacre de Vassy.
Parvenir, par le meurtre. Au meurtre parvenir par l'abaissement du caractère, par la bassesse du mensonge et les hontes de l'hypocrisie.
Fut-il mené là par son frère, son mauvais ange et son démon, le lâche cardinal de Lorraine? ou s'y précipita-t-il par la furieuse violence de sa nature, par l«i besoin absolu et désespéré qu'il avait de réussir? L'une et l'autre explication sont vraisemblables également. La fortune lui avait joué un tour qu'elle fait à peu d'hommes : elle l'avait lancé d'abord d'une manière inouïe, puis arrêté court, heurté sur un obstacle invincible. Il s'y acharna, s'y brisa, y jeta son âme, son salut de chrétien, que dis-je ? son honneur de gentilhomme et tout le soin de sa mémoire.
Le hasard nous a conservé l'acte irrécusable sur lequel sa mémoire est jugée.
Acte écrit au moment même, et d'un homme tenu pour hautement estimable et véridique par tous les partis du temps, d'un prince protestant, dont les catholiques même font un éloge illimité, Christophe, duc de Wurtemberg. Fils du malheur et de l'exil, longtemps otage en Espagne, longtemps au service de France, Christophe le Pacifique ne succéda à son père, le violent Ulrich, que pour en différer en tout. Non seulement il eut grande part aux transactions qui consacrèrent les libertés religieuses dans l'empire, mais il travailla à donner au Wurtemberg un bien non moins précieux, l'accord et l'unité des lois. L'égalité des poids et mesures, l'aménagement des forêts, la protection du commerce, signalèrent sa prévoyance paternelle. Il avait l'autorité la plus haute, et son désintéressement connu augmentait encore son autorité. Quoiqu'il eût un fils, il décida son oncle à se