SUITE DU MASSACRE
Plusieurs en restèrent riches. Ils tirèrent parti de leurs morts jusqu'à vendre la graisse aux apothicaires.
La cour dirigeait si peu qu'à Meaux, dont La reine mère était comtesse, et où l'explosion eut lieu dès le dimanche, une des premières victimes fut un receveur de la reine qui percevait pour elle la taxe fort dure qu'elle avait mise sur le drap et le vin.
Dans plusieurs lieux, à Meaux, à Lyon, le procureur du roi se mit à la tête de l'exécution. Mais généralement les autorités locales s'en chargèrent, et la justice se tint coi, s'effaça, s'absenta, ignora.
A Troyes, le conseil du massacre se tint chez L'évéque Bauffremont. A Orléans, il se fit sur une lettre de l'évéque Sorbin, prédicateur du roi. A Toulouse, l'emprisonnement se fit par le Parlement même; les membres catholiques firent arrêter leurs confrères protestants. Les étudiants, maîtres d'armes, spadassins des écoles, se chargèrent du massacre. Cinq conseillers furent pendus en costume.
En Dauphiné, en Provence, en Auvergne, il n'y eut rien ou presque rien. Les gouverneurs, MM. de Gordes, de Tende, exigeaient des ordres écrits. Le dernier, allié des Montmorency, dit que, même avec ordre, il ne ferait rien. Les protestants, bien avertis, étaient partout armés, leurs anciens chefs tout prêts. Aux -eus de la cour qui venaient, Gordes dit : « Montbrnn vit encore. »
Rien en Bourgogne, peu ou rien en Picardie et dans 1«- Nord, excepté à Rouen, où on versa beaucoup de
Le 30 août, lettre du roi, envoyée partout pour arrêter le massacre. On y fit si peu d'attention qu'à Troyes celui qui l'apportait la garda deux jours dans sa poche, pendant qu'on fit l'exécution.
Du reste, il ne faut pas s'y tromper : la Saint- Barthélémy n'est pas une journée; c'est une saison. On tua par-ci, par-là, dans les mois de septembre et d'octobre.
A la Saint-Michel, le jésuite Auger, envoyé du collège de Paris, annonça à Bordeaux que l'archange Michel avait fait le grand massacre, et déplora la mollesse du gouverneur et des magistrats bordelais. Un homme de la cour gourmanda aussi leur lenteur. Le 3 octobre, les jurats, avec des bandes en chapeau rouge, forcèrent le gouverneur à laisser faire l'exécution. On tua deux cent soixante-quatre personnes, et on ne se fût pas arrêté ; mais le reste des protestants avait trouvé un asile au Château-Trompette.
Une industrie existait à Paris. On avait fait des magasins de protestants, où les chefs de l'exécution les tenaient en réserve, sans doute pour les faire financer. Quand ils étaient ruinés, on les tuait.
Le 5 septembre, le roi envoya chercher le capitaine Pézon, qui était un boucher, et lui demanda s'il en restait encore, de ces huguenots : « J'en ai jeté vingt hier à la Seine, dit-il froidement, et j'en ai autant pour demain. » Le roi se mit à rire de voir son amnistie si bien respectée.
Il faudrait désespérer de la nature humaine, si cette férocité avait été universelle. Heureusement, un