HENRI III
seul coup abattre les politiques. Montmorency-Damville, le roi du Languedoc, était malade, allait mourir; ou pouvait sans hésiter empoisonner son aîné, qui était à la Bastille. Eux morts, c'était fait du parti.
L'ordre fut donne dit De Thou, et déjà on avait ôté au prisonnier ses serviteurs, lorsqu'on apprit que son frère, loin de mourir, était rétabli, en état de le venger.
Des gens qui n'avaient de salut qu'en de tels expédients n'étaient pas bien forts. Henri III savait luimême que, si son frère lui échappait et rejoignait Dam ville, c'était fait de la royauté. Malade après son sacre, du même mal d'oreille qui tua François II, il se croyait empoisonné par Alençon. Il fit venir le roi de Navarre (qui depuis a conté le fait) ; il lui dit : « Ce méchant va donc hériter du royaume ! » Et il le pria instamment de le tuer, lui assurant qu'il y serait aidé par le duc de Guise. Le roi de Navarre refusa, et Alençon s'enfuit six mois après (15 septembre 1575; Nevers, I, 80).
Ce fut un coup de foudre pour la mère et le fils. Catherine, dans le dernier effroi, écrit au duc de Nevers de rassembler des troupes en hâte ; son fils Alençon s'est sauvé (Lettre ms. du 18); toute la cour court après lui, et demain toute la France. Voilà l'héritier du trône à la tête des politiques.
Avec sa goutte et sa colique, Catherine se met en route pour tâcher d'apaiser son fils, de le tromper, de diviser, s'il se peut, la nouvelle ligue, de faire la paix à tout prix. Mais elle laisse près d'Henri III des con-
seillers qui soutiennent que, s'il traite, il n'est plus roi. Dans une lettre très vive et très forte (28 septembre 1575), elle lui dit : « Il faut céder... Sans la paix, je vous tiens perdu, vous et le royaume. » Elle craint surtout qu'Henri III, dans son désespoir, n'aille au-devant de la mort.
En quoi elle le juge bien mal. Ses velléités guerrières tenaient uniquement aux incitations de son favori Du Guast. Du Guast jetait feu et flamme ; il embarrassait son maître, devenu le meilleur homme du monde. Henri III, pour ne pas l'entendre, s'en allait avec sa femme aux reposoirs (ou petits paradis) qu'on avait faits dans la ville et où l'on priait pour la paix ; il y chantait des litanies. Si même on en croyait l'Estoile, dans cette grande crise publique il s'était avisé de rapprendre la grammaire et s'amusait à décliner.
Cette lettre du 28 septembre paraît avoir été écrite le soir du jour où elle vit son fils Alençon à Ghambord. Il ne l'écouta même pas, disant qu'avant toute parole il lui fallait la délivrance de l'aîné des Montmorency. Ce qu'elle fît à l'instant, espérant trouver dans son prisonnier délivré un médiateur.
Le médiateur réel était l'hiver imminent. La grande armée allemande qu'amenait Gondé hésitait à se mettre en route. Un détachement de deux mille hommes entra, conduit par Thoré, l'un des Montmorency. C'était offrir aux catholiques une trop facile victoire. Ces deux mille furent enveloppés par dix mille, par Guise et Strozzi. Deux armées, fort superflues, l'une du fond du Languedoc, l'autre du Poitou, vinrent