‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 36 sur 59 · OBSESSION · texte numérisé non relu

OBSESSION

Oui, nous brûlant toujours d'une flamme inféconde, Rire enivré, doux front, parfum, grâce profonde. Tout cela vit, palpite et nous ronge de pleurs. Mais dans quelle oasis, en quels cieux, sur quel monde, Au fond de la mémoire, éclorez-vous, ô fleurs Du rêve où s'éteindra l'écho de nos douleurs?

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kA mon ami Emile "Bellier.

. o M M E s des jours tardifs en germe dans le temps 1 Sous l'amoncellement des siècles, dont l'écume Vous rongera plus tard aux froideurs de la brume Où vont s'évanouir les peuples haletants, O vous, qui trouverez ceci ! Races futures ! Hommes des jours lointains, mais promis aux tortures Anciennes! ô mortels! ô martyrs comme nous Du mal de vivre accru par l'amas des années ! Vous tous qui, las aussi de plier les genoux, Traînerez au hasard vos lentes destinées. Mais non plus rayonnants de notre jeune orgueil ! Quand ce long avenir qui roule dans mon œil S'effacera pour vous dans le confus mirage Du passé radieux, fils d'Adam, fils du Mal, Écoutez I — car voici, dans le premier naufrage Du monde, ce que seul j'aurai su, moi, Jubal 1

Moi, Jubal, le dernier de ceux qui par les villes, Fiers et tristes, en proie aux rires envieux. Sur la harpe chantaient la valeur des aïeux ; Qui dans l'abjection des multitudes viles. Comme un fleuve sonore épanchant leur mépris, Se renvoyaient l'écho des hymnes désappris ; Moi, maudit avec eux par la foule en ce monde, Et pour avoir vécu, dans l'autre plus maudit. Comme vous, héritiers d'une race féconde, Espoir du vaisseau lâche à nous tous interdit ; Moi, le dernier chanteur, moi, le dernier prophète Des premiers temps, qui vais mourir là, sur le faîte. De l'Ararat, seul pic oublié par les eaux ; A vous, hommes des jours qui sont encore en rêve, Par delà les fumiers où pourriront mes os. Je parle ; écoutez-moi, race d'Adam et d'Eve !

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