LE RENDEZ-VOUS
Il attend toujours ses convives.
Malgré les vents, malgré les froids, Il croit entendre leurs voix vives Et le galop des palefrois.
Sa table pour eux est dressée Chaque jour, et tout prêt son vin.
Il les fête dans sa pensée ; Et les pages sonnent en vain !
Maintes brillantes cavalcades Passent là-bas sur les chemins, Comme fuyant les embuscades D'un manoir aux durs lendemains.
Noble, il se fie à la noblesse Des invités de haut renom.
Honteux du doute qui le blesse, Aux pages las il répond : « Non !
« Non 1 Redorez toutes mes salles !
Rallumez ce soir les flambeaux!
Allez dans mes plaines vassales; Apportez-moi des fruits plus beaux!
« Changez les fleurs sur ces balustrcs! Resablez les routes du bois I Ils viendront, mes hôtes illustres! C'est en leur honneur que je bois! »
LES LHVRES CLOSES
IZt nul ne vient; nul équipage Ne piaffe aux portes du château ; Et sur son perron chaque page, Epuisé, dort dans son manteau.
Tandis que le temps ronge et mine Au dehors les murs recrépis.
Le palais toujours s'illumine, Partout plein d'échos assoupis.
Un soir d'orage, les raf.iles.
Au bruit des volets rabattus, Soufflent les torches triomphales Dans la main des hérauts têtus.
Et voilà dans la nuit sonore Des pas nombreux sur le parquet :
« Salut, dit l'hote, à qui m'honore I Et mon cœur vous revendiquait !
— Allons ! Comme nous, tiens parole !
Lui répondent les arrivants; Mets à ton seuil ta banderole.
Malgré la nuit, malgré les vents.
« Nous venions tous en compagnie, A nos chevaux livrant les mors.
Le souffle d'un mauvais génie Nous a bientôt fait tomber morts.