SI
en moi, et c'est pour cela que je suis absolument inexcusable si je ne vous le donne pas. Ces habits. Mesdames, dont vous vous faites une si vaine gloire, et qui entretiennent votre luxe; ces ajustements qui occupent presque tout votre esprit, et à quoi vous employez plus de temps qu'à l'affaire de votre salut, et qu'à toutes les affaires même humaines dont Dieu vous a chargées; cet amour de vous-mêmes, qui vous fait rechercher avec tant de soin toutes les douceurs tle la vie, les compagnies, les jeux, les spec- Jacles; surtout cet amour de votre corps, qui cous rend si attentives à le maintenir dans un rertain éclat, à relever son lustre par tous les iléguisemcnts d'une artificieuse mondanité, à lui procurer toutes ses aises, toutes ses commodités, voilà de quoi la pénitence doit taire en vous un holocauste à Dieu.
Je pourrais vous dire que le seul christianisme devrait vous porter à le faire, ce sacrifice : car, pour peu que vous fussiez entrées jusqu'à présent dans le véritable esprit de la religion que vous professez, vous auriez compris que c'est un esprit de retraite, un esprit d'humdité et de moriification, et qu'il n'est pas possible d'accorder ensemble la retraite chrétienne et les assemblées du monde, l'huraililé chrétienne et le faste du monde, la mortification chrétienne et la mollesse da monde; mais ce qui est u;i devoir si indispensable pour vous, en qualité de chrétiennes, combien plus encore l'esi-il pour des pécheresses et des pénitentes ? Si, dans une supposition imaginaire, toub ces divertissements et ces plaisirs mondains, toutes ces délicatesses et ces superfluités ne vous avaient pas éloignées de Dieu ; si vous aviez su avec tout cela lui être fidèles, peut-être tout cela vous serait-il moins défendu. Mais lorsq le vous ne pouvez ignorer à combien d'égaremeuts et de péchés tout cela vous a conduites, quel prétexte pouvez- vous avoir pour n'y pas renoncer? comment pouvezvous revenir suicèrement à Dieu, et cependant aimer ce qui si longtemps vous en a séparées? comment pouvez-vous quitter de bonne foi votre péché, et ne quitter pas ce qui en a été la source empoisonnée? comment pouvez-vous le haïr, et ne vouloir pas le détruire ? or vous ne le détruirez jamais, tandis que vous n'en couperez pas la racine. Le même principe aura toujours les mômes suites, et la même cause produira toujours les mêmes effets.
Pourquoi la pénitence de Madeleine fut-elle une pénitence durable? parce que ce fut une pénitence elficace. Du moment que cette sainte pénitente cul sacrifié à Dieu tout ce qui avait
entretenu jusque-là ses désordres, elle s'attacha si fortement à Jésus-Christ, qu'elle lui demeura toujours étroitement et inséparablement unie. Elle s'attacha à ce Dieu Sauveur, dit saint Bernard, dans tous les états où depuis il fit paraître son adorable Inimanilé ; c'est-à-dire qu'elle s'attacha à Jésus-Christ vivant, qu'elle s'attacha à Jésus-Ciirist mourant, qu'elle s'attacha à Jésus-Christ mort et enferme dans le tombeau, qu'elle s'attacha à Jésus-Christ ressuscité et triomphant, enfin qu'elle s'attacha à Jésus-Christ glorieux dans le ciel. C'est ce que nous savons de l'Evangile ; et s'd ne nous parle plus de Madeleine après l'ascension du Fils de Dieu, la tradition nous apprend où elle se retira, quelle vie dans sa retraite elle mena, quels exercices de piété et de moriification elle pratiqua, avec quelle ferveur et quelle persévérance elle les continua. Interrompit-elle jamais en effet sa pénitence ? Ah ! chrétiens, quelle merveille et quelle instruction pour nous! tous: ses péchés lui avaient été remis, et elle en avait eu une révélation expresse de la bouche même de Jésus-Christ : Remittuntur tibipeccata tua '. Cependant, bien loin de diminuer ses austérités, elle les redoubla. Si le Sauveur du monde lui dit : Allez en pai.'s : Vade in pace ', elle comprit que cette paix ne devait être que dans le cœur; ou, si vous voulez, elle comprit que celte paix devait consister à se faire une guerre perpétuelle, à ne se pardonner rien do tout ce que son divin Maître lui avait pardonné, à se traiter d'autant plus rigoureusement qu'il l'avait traitée avec plus de douceur, à crucifier sa chair, à la couvrir du ciliée, à l'exténuer par l'abstinence et par le jeune. Elle le comprit, dis-jo, et voici, chrétiens, un myrlère que le monde ne peut se persuader, et dont la seule expérience vous convaincra, si vous vous mettez en état, comme Madeleine, d'en faire l'épreuve. Plus votre pénitence sera efficace, c'est-à-dire plus elle sera sévère, en retranchant de vos personnes tout ce qui flattait vos sens, tout ce qui favorisait vos passions, tout ce qui faisait le prétendu bonheur de votre vie ; et plus alors cette pénitence, qui semble au dehors si triste et si dure, vous deviendra douce et aima!)le, parce que vous y trouverez l'ahondance de la paix. Ce ne fut point une parole sans effet que celle de Jésus-Chriit à Madeleine, Vade in pace ; mais celte parole diviue opéra dans son cœur tout ce qu'elle signifiait. Dans un moment, cette mondaine, dégagée de la servitude du Uionde, commença à goûter la sainte liberiédes •înfaats
î Lac, vu, 43. — » Ibiâ,, K.
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de Dieu ; dans un moment, celte ûmo, exposée à tous les troubles que cause immanquablement l'amour du monde, commença à jouir d'un repos inaltérable; dans un moment, cette conscience déchirée de mille remords commença à sentir celle joie intérieure que donne une sainte assurance, et que l'Ecriture compare à un repas délicieux ; dans un moment, cette pécheresse, délivrée de son péché comme d'un fardeau qui l'accablait, commença à se trouver toute remplie de l'onction de la grâce. Ce n'était point en se ménageant elle-même, en s'épargnant, en sauvant de ses premières habitudes tout ce qu'elle en eût cru pouvoir réserver sans crime ; ce n'était point, dis-je, par là qu'elle se fût établie et maintenue dans un calme si parfait; mais c'est en se dépouillant de tout, en se refusant tout, en s'immolant tout entière elle-même, qu'elle se mit dans une disposition si tranquille et si heureuse. Car, au milieu de toutes les rigueurs de sa pénitence, quel soutien et quelle consolalion étaitce pour elle de penser qu'elle satisfaisait à Dieu, qu'elle s'acquittait auprès de la justice de Dieu, qu'elle réparait la gloire de Dieu, qu'ellese tenait en garde contre ce qui pouvait lui faire perdre l'amour de Dieu, qu'elle purifiait son cœur, et le disposait à recevoir les plusintiiues communications de Dieu? et d'ailleurs qui peut dire de quelles douceurs secrètes Dieu comblait celte àmc ainsi puritiée et préparée, de quelles lumières il l'éclairait, de quel feuill'embrasait, de quelles visites il la gratifiait, quels sentiments, quels transports il y excitait?
Voilà, chrétiens, ce que vous éprouverez vous-mêmes ; et si vous sortez de ce discours, déterminés comme Madeleine à cette pénitence efficace, qui est le caractère des âmes !)ien converties ; voilà ce que je puis vous promettre de ia part de Dieu. Vade in pace : Allez en paix,
et n'écoutez point les retours de la nature. Le sacrifice que je vous demande l'effraye ; et plus vous donnerez d'attention à ses frayeurs, plus elles augmenteront et vous troubleront. Mais comptez sur la parole de Jésus-Christ, et, malgré toutes les frayeurs, entreprenez, commencez, agissez : bientôt vous verrez que c'étaient des frayeurs chimériques. Je ne vous dis pas que vous recevrez toutes les faveurs divines dont Madeleine fut gratifiée dans son désert ; mais sans que Dieu vous fasse part de ces dons extraordinaires et miraculeux, je dis que, par un miracle de sa grâce encore plus grand, il vous reuLlra doux ce qui vous semble plus amer ; qu'il vous rendra non-seulement supportable, mais léger, mais agréable et aimable, ce qui vous parait plus pesant ; que, dans le renoncement même à toutes les consolations du siècle, il vous fera trouver la plus pure et la plus sensible consolation. Ah f s'écriait saint Auguslin, parlant de sa pénitence et de ce qu'il y sentit, quel plaisir fût-ce tout à coup pour moi de me passer de tous les plaisirs ; et ces vanités humaines où j'avais pris tant de goût, qu'elles me devinrent insipides ! Quoi qu'il en soit, moucher auditeur, puisque vous avez péché, il n'y a point d'autre moyen de salut pour vous que la pénitence; ou tout autre moyen sans cekii-là vous est inutile. Dieu pouvait vous le refuser ; mais il vous l'accorde encore : il V3US fait voir l'exemple de Madeleine pour vous exciter, il vous tend les bras pour vous inviter, il vous parle par la bouche de son ministre pour V0I13 appeler. Entrez dans la voie qui vous est ouverte : ne dussiez-vous y trouver que des épines, il faut la prendre et y marcher ; carc'estlaseule voie qui vous reste pour vous préserver du souverain malheur, et pour arriver ù l'éternité bienheureuse que je vous souhaite, etc.
SEUMON POUR LA FÊTE DS SAINT IGNAGS DE LOYOLA
ANALYSE
Sujet. Dieu est fidèle par <jiu' vous aves été appsl;s à U compignic de son Fils IiSnis-Christ ffolre-Selgneur.
C'est ce que disait IWpoli-e aux clirétiens Je Corinthe, et ce qui convient parfaitement a saint Ignace.
Division. FiJélité de Dieu dans la vocation d'Ignace: preoniére partie. Fidélité d Ignace à suivre la vocation de Dieu deuxiiime partie.
l'NLMitKS PARTIE. Fidélité do Dieu dans la vocation d'Ignace : 1' Fiiélité envers l'Eg'ise ; 2° fidélité envers Ignace même.
1° FidJlilé de Dieu envm l'Eglise, pour l'intérêt de laquelle il susciti Ignace, en lui inspirant le dessein dune vie aposto- •ii|ijr: c'etiit un teni;); où l'Iiérésie s'élevait de toates parts; et Diej, pour la cDin'jattre et pour défendre son Eglise, appela «aiat Ignace. Voilà ce qui a rendu les enfaats d'ignaca si odieux à lois les hirétiqjis: haine dont ils doivent se glorifier. V*ii«llc {lait la source la plus coramune des désordres qui régnaient dans l'Eglise 'I L'iguoraac« des vérités de la foi. Dieu
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donc envoya Ignace pour enseigner et par lui-même et par ses successeurs, pour catéchiser, pour instruire la jeunesse, pour ouvrir des écoles publiques, où l'on apprît, non point précisément les science-; profanes, mais la science du salut.
2° Fidélité de Dieu envers Ignace, le rendant capable de soutenir une si sainte entreprise, et par les dons extraordinaires de la grâce, le mettant en état de l'exécuter. C'était un homme sans lettres et sans études ; mais Dieu tout à coup l'éclaira dans sa retraite, et lui communiqua les plus sublimes connaissances. Non-seulement Ignace fut éclairé d'en haut pour lui-même mais pour la conduite des autres : il n'y a, pour en être convaincu, qu'à lire ce livre admirable des Exercices qu'il composa. C'était un étranger, un mendiant, un inconnu ; mais Dieu lui promit de lui être propice à Rome, et il le fut. Cependant le Ciel permit qu'Ignace fut perséc ita, il est vrai ; mais être persécuté pour la justice, et tirer de ses persécutions de nouveaux avanUiges pour faire connaître et aimer Dieu, ne sont-ce par des grâces et des effets de la fidélité de Dieu ? En quelque état que nous soyons, si c'est Dieu qui nous y engage, il nous y soutiendra.
Deoxième partie. Fidélité d'Ignace à suivre la vocation de Dieu. Fidélité nécessaire, et sans laquelle il ne pouvait être un parfait ministre du Dieu vivant. Fidélité qui se réduisit il deux choses : 1' au soin qu'il prit d'acquérir toutes les dispositions requises pour son ministère; 2° au zèle qu'il fit paraître dans l'exercice de son ministère.
1° Soin qu'il prit d'acquérir toutes les dispositions requises pour son ministère. Ce fut en effet pour cela qu'Ignace travailla d'abord à acquérir toutes les vertus que demande le ministère évangélique, surtout une parfaite mortification. Comment se traita-t-il dans la grotte de Manrèze ? Ce fut pour cela qu'à l'âge de trente-trois ans, il s'abaissa jasqu'à se renfermer avec des enfants dans une école, pour y apprendre les lettres; pour cela, qu'il vint continuer ses études à Paris, mendiant luimême son pain de porte en porte, alin de fournir à sa sulisistance. Chose merveilleuse ! c'est là que ce zélé disciple devint bientôt maître, et qu'il jeta les premiers fondements de son institut, en s'associant des compagnons.
2° Zèle qu'il fit paraître dans l'exercice de son ministère. Sans parler de tout le reste, il suffit de considérer cette compagnie dont il forma le dessein, dont il fut l'instituteur et le conducteur, et dont l'unique fin est la gloire de Dieu et la sanctification des âmes. Dire d'Ignace qu'il a été le fondateur de la compagnie de .lésus, c'est faire en un mot l'éloge complet de son zèle; car c'est donner à entendre que, non content de glorifier Dieu par lui-même, il l'a glorifié encore par tant de missionnaires, de prédicateurs, de directeurs des consciences, de savants hommes, de martyrs. Soyons fidèles à Dieu comme ce grand saint, en remplissant les devoirs de notre état. La fidélité de Dieu consiste à nous donner sa grâce ; et notre fidélité doit consister à agir avec la grâce de Dieu.
Fidelis Deus, per quem vocati estis in soeielatem Filii ejus Jesu Christi Domini nosiri.
Dieu est fidèle, par qui vous avez été appelés à la compagnie de «on Fils Jésus-Christ Noire-Seigneur. (Première épitre de saint Paul aux Corinthiens, chap. i. vers. 9.)
C'est aux chrétiens de Corinlhe, et en général à tous les fidèles, que l'apôtre saint Paul adressait ces paroles ; mais il me semble que je puis €n particulier les appliquer au saint patriarche dont nous célébrons la fête, et qu'elles lui conviennent d'une façon toute spéciale, puisqu'il fut appelé de Dieu pour rétablissement d'un ordre que l'Eglise a approuvé, et qu'elle autorise encore sous le titre de la Compagnie de Jésus. Dieu, qui pour sa gloire voulait enii)loyer Ignace et l'engager dans une milice sainte, se servit de ses dispositions naturelles, et lui laissa ses idées guerrières, mais en les tournant vers un autre objet, et lui proposant, non plus des provinces et (les terres, mais des âmes à conquérir. U quitta les armes du siècle, mais pour se revêtir desarines de la foi. Il cessa de combattre les en. neinis de l'Etat, mais pour combattre les ennemis de l'Eglise ; et la compagniequ'il entreprit de former, et dont Dieu lui inspira le dessein, fut la Compagnie de Jésus-Christ : Fidelis Dem, per quem vocati estis in societatem Filii ejus Jcsu Christi. D'autres fondateurs avant lui n'avaient point cru blesser les règles d'une humilité chrétienne et d'une modestie religieuse, en donnant aux saints ordres qu'ils ont établis les augustes noms de l'adorable Trinité, du Saint-Esprit, des personnes divines ; et c'est sur le modèle de ces grands hommes, et par la
même inspiration d'en haut, que saint Ignace de Loyola choisit, pour la compagnie dont il a été l'instituteur, l'adorable nom de Jésus. Quoi qu'il en soit, mes chers auditeurs, nous allons voir, conformément aux paroles de mon texte, la fidélité de Dieu dans la vocation d'Ignace, et la fidélité d'Ignace à suivre la vocation le Dieu. Dieu fidèle en appelant Ignace à la compagnie lie son Fils, ce sera la première partie ; Ignace fidèle en répondant à Dieu qui l'appelait, ce sera la seconde. De l'une et de l'autre nous apprendrons ce que nous pouvons attendre de Dieu, et ce que Dieu attend de nous dans les conditions où il nous fait entrer: voilà tout le sujet de ce discours. Vierge sainte, c'est sous vos auspices que cet homme apostolique renonça au monde, pour se dévouer à ce Sauveur que vous avez porté dans votre chaste sein. Ce fut un des plus zélés défenseurs de vos glorieux privilèges et de votre culte : vous m'accorderez, pour le louer dignement, le secours que je vous demande. Ave, Maria.
PREMIÈriE PARTIE.
Je dis que Dieu, dans la vocation de saint Ignace, s'est montré merveilleusement fidèle : Fidelis Deus. Mais envers qui cette fidélité at-elle paru? Premièrement, envers l'Eglise, pour l'intérêt de laquelle Dieu suscita ce grand homme, lorsqu'il lui inspira le dessein d'une vie apostolique ; secondement, envers Ignace même, quand Dieu le rendit capable de soutenir cette sainte entreprise, et par des dons de grâce extraordinaires, il le mit en élat de
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l'exécuter : voilà l'idée générale de celte première partie.
Quand Ignace fut appelé de Dieu aux fonctions de l'apostolat, vous le savez, chrétiens, l'Eglise avait besoin de secours, et Dieu, par fidélité, était engagé à lui en fournir. C'était un temps où l'hérésie s'élevait de toutes parts, et déjà conimonrait h souffler le feu de ces fameuses rébellions dont les restes fument encore. Or, le Fils de Dieu ayant promis authentiquement à son Eglise que jamais les portes de l'enfer ne prévaudraient contre elle, il ne pouvait lui manquer dans une pareille rencontie ; et en conséquence de sa parole, il lui devait donner de nouvelles forces pour la défendre. Je ne prétends point vous faire entendre parla q,ue saint Ignace ait été un homme nécessaire à l'Eglise de Jésus- Christ ; non, chrétiens, ce n'est point là ma pensée : je dirais bien plutôt de lui ce que saint Grégoire, pape, disait en général des hommes apostoliques, dans une instruction qu'il leur adresse : l'Eglise de Jésus-Christ a été nécessaire à Ignace, parce qu'Ignace n'a pu sesanctifler que dans l'Eglise de Jésus-Christ ; mais Ignace n'a point été et ne pouvait être nécessaire à l'Eglise de Jésus-Christ, parce que l'Eglise de Jésus-Christ a bien pu se passer d'Ignace et se conserver sans lui. Il esl vrai, mes chers auditeurs ; mais aussi ferais-je tort à saint Ignace, et en quelque sorte à Dieu même, si je ne disais qu'Ignace, tout serviteur inutile qu'il était, fut choisi de Dieu pour la défense de l'Eglise, et que sa vocation a été l'un des moyens que Dieu avait préparés pour faire voira son Eglise qu'il ne l'abandonnait pas, et qu'il voulait lui être fidèle : Fidelis Deiis, per quem vocuti esîis.
Reconnuissez-le d'abord, chrétiens, par un trait admirable de la Pro\idence : bien d'autres en ont fait la remarque ; et c'est pour cela même qu'elle parait plus vraie, et que je jiuis avec plus de raison la faire à présent. Tandis que Luther lève l'étendard contre l'Eglise, et lui déclare la guerre. Dieu touche le cœur d'Ignace, et l'appelle pour l'opposer à cet hérésiarque. Quelle fidélité. Seigneur! Ainsi en aviez- vous autrefois usé, faisant naître un Augustin en Afrique, le même jour que l'éiage, l'ennemi de votre grâce, était né dans l'Angleterre ; et n'ayant jamais permis, dans la suite des siècles, que votre Eglise fût attaquée par un nouveau persécuteur, sans lui procurer d'ailleurs et en même temps un nouveau défenseur. Ainsi, disje, ô mon Dieu, avez-vous toujours gardé la foi à cette divine épouse ; et ne semble-t-il pas que
vous ayez voulu lui en donner un gage particulier dans la vocation d'Ignace ? Fidelis Deus^ En effet, qu'est ce qu'Ignace, selon les vues de Dieu ? C'est un homme né pour la destruclionde l'hérésie, voilà son caractère ; fondateur d'un institut dont l'essence est de combattre les ennemis de la foi, comme il est déclaré dans les bulles des souverains i)onlifcs, voilà sa profession; de qui tout le zèle a été employé pour l'Eglise, à étendre ses conquêtes, à faire observer ses lois, à maintenir l'usage de ses sacrements, à inspirer au peuple du respect pour ses cérémonies, à conserver les fidèles dans son obéissance, à y ramener les hérétiques, sans que pour cela il ait jamais épargné ni soins, ni travaux, ni force, ni crédit, ni repos, ni sanlé, ni réputation, ni vie ; voilà quels ont été les emplois d'Ignace : un homme qui, dans l'ordre qu'da établi, ne s'est proposé que de transmettre ce zèle à un nombre infini de successeurs, c'est-à-dire de préparer à toutes les Eglises du monde des missionnaires fervents, des prédicateurs évangéliques, des hommes dévoués à la croix et à la mort, des troupes entières de martyrs dont il a été le père : voilà les fruits de sa compaguie. Encore une fois, mes chers auditeurs, un homme de ce caractère, dans un temps où le schisme et l'erreur entreprenaient de renverser tout et de tout perdre, n'était-ce pas un secours manifeste que Dieu réservait à son Eglise, et ce secours ne doit-il pas être considéré comme une marque sensible de la fidélité de Dieu pour elle ? Fiddis Veus.
Ah ! chrétiens, permcllez-moi de le dire ici, c'est de là qu'est venue toute la haine des hérétiques contre la personne et le nom d'Ignace ; voilà ce q ui a reiidu son institut et ce qui rend encore ses enfants si odieux à nos religionnaires. Je ne sais pas, mes frères, disait saint Jérôme, par quelle i'alalilé il arrive que tous les ennemis de lEglisesont les miens ; mais j'en bénis Dieu, et c'est une gloire pour moi que mon nom soit déchiré par ceux qui déchiieut la robe de Jésus-Christ. On vient de me dire qu'ilehidius a écrit depuis peu contre moi une sanglante satire; mais je me console, puisque c'est avec la même plume qui a écrit des blasphèmes contre Marie : cai* quel avantage que Jérôme, qtà est le serviteur, soit traité comme la mère ! Ut eodem quo Maries delraxil caluino, me laccret ; et cauinam faciindiam senits Domini puviter experiiitur et mater. Vous faites assez vous-mêmes, chrétiens, l'application de ces paroles. Si saint Ignace était demeuré danslagroUe deMamèze,
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s'il s'était contenté de pleurer et de faire pénitence pour les péchés du monde, s'il avait fondé un ordre de solitaires, son nom, même parmi les liérétiques, serait en bénédiction ; mais il a parlé contre les ennemis de l'Eglise ; mais sa vocalion a été de se présenter au vicaire de Jésus Christ, et de se consacrer par état aux missiozis du Siège apostolique ; mais Dieu a voulu qu'il levât des troupes auxiliaires pour combattre l'hérésie ; avec cela ne devait-il pas s'attendre aux plus violentes persécutions ? et en cela même n'a-t-il pas été une preuve vivante de la fidélité de Dieu envers son E.Uise, à qui le Ciel avait destiné un homme si ferme, si constant, si zélé pour la secourir ? Tout ceci est général; disonsquelque chose de plus marqué. Ce que j'admire davantage dans la vt)calion de saint Ignace, c'est la conduite que la Providence y a fait paraître pour retrancher la source des maux dont son Eglise était affligée. Car, prenez garde, chrétiens : de plusieurs désordres d'où l'hérésie avait pris naissance, le principal était celui-ci : l'ignorance des choses de la foi, qui régnait parmi les peuples, jointe à la mauvaise éducation de la jeunesse. Consultez les écrivains qui en ont parlé : voilà la porte par où entra le démon de l'erreur, pour portei' ses coups à l'Eglise et pour ruiner l'ancienne religion. Mais que fait Dieu en suscitant Ignace? Il donne à l'Eglise un préservatif contre ce mal si dangereux et si pernicieux ; car à quoi Ignace est-il spécialement appelé, et pour quelle fin ? pour enseigner, pour instruire, pour apprendre aux peuples à connaître ce qu'ils sont, pour déraciner de leurs esprits l'ignorance de nos mystères, pour y jeter les premières semences de la doclrinedelafoi;enun mot, pourformerde vrais chrétiens, de même que le prophète avait été envoyé pour servir de maître aux nations ; Ecce...dedieum...prœcepioremgentibus^.C'esl[)oav cela que parmi les grandes affaiies dont il était ctiargé, et sur lesquelles on le consultait de toutes parts comme un oracle.'il faisait une de ses plus importantes occupations d'aller dans les rues de Rome catéchiser la populace, d'expliquer aux simples les points de la foi, d'assembler les femmes et les enfants dans les places publiques, pour leur donner les principes du salut : spectacle qui seul attirait toute la ville, jusques aux prélats même et aux cardinaux, à qui il prêchait par l'exemple de son humilité, tandis qu'il instruisait les autres et qu'il les touchait par la vertu de sa parole. C'est pour cela que lorsque Ignace envoyait ses frères au secours de
( lit-, LT, «.
quelque Eglise, il leur recommandait avant toutes choses le soin du catéchisme ; les avertissant que c'était là ce qui avait converti le monde ; que la science du catéchisme avait été celle des apôtres ; que l'Evangile n'avait été d'abord annoncé que par le catéchisme que, s'ils voulaient donc se rendre utiles à l'Eglise de Dieu, ils devaient négliger toute autre fonction plutôt que celle du caLéchisme, et se souvenir que, selon la parole du Fils de Dieu même, une des preuves de la mission de Jésus-Christ fut d'évangéliser les pauvres : Paiiperes evanijeli mntur '. C'est pour cela qu'il a voulu que toute sa couinaguie se fît un devoir particulier de riustructioii de la jeunesse. L'hérésie avait pris pour maxime de commencer par là, et de s'emparer des jeunes âmes, afin de les corrompre plus aisément; Ignace lui en ôte le moyen, et lui enlève cet avantage. En effet, il y avait déjà dans l'Eglise chrétienne de grands et de florissants ordres institués pour prêcher la parole de Dieu. Saint François et saint Dominique en avaient établi deux dont les succès remplissaient toute la terre ; mais il n'y en avait poiut encore qui, par profession, fût engagé à ce divin emploi de former la jeunesse et de la sanctifier. Or, c'est le secours que Dieu, par un effet de sa fidélité, préparait à son Eglise dans la personne d'Ignace ; tellement que ce saint fondateur pouvait dire, après le Sauveur du monde : Sinile parvulos venire ad me 2; Laissez venir à moi ces âmes innocentes, puisque Dieu m'a fait l'honneur de me choisir pour les cultiver. Enfin, c'est pour cela que Dieu donna ordre à Ignace de fonder des collèges et des écoles publiques, non point précisément pour y enseigner les sciences profanes, il était trop rempli de celle des saints ; non point pour des intérêts temporels, il y avait renoncé en quittant le monde; mais pour nourrir dans la vertu de jeunes enfants plus susceptibles, à cet âge tendre, des saintes impressions qu'ils reçoivent, et pour leur faire sucer de bonne heure le lait de la piété. Ah ! chrétiens, quels fruits de grâce cette divine institution n'a-t-elle pas produits ? combien d'âmes ont été garanties de l'enfer ? combien de villes et de provinces ont été maintenues dans l'intégrité de la foi? combien d'Etats ont été préservés de la contagion de l'hérésie ? Car il est remarquable que dans tous les lieux du monde où celle institution a été reçue, jamais l'hérésie n'a dominé, , et qu'elle y e»t bientôt tombée en décadence : d'où je conclus que Dieu, en appelant saint Ignace, s'est montré fidèle, non-seulement à toute l'Eglise e n général
i Matth.. ^,6.-3 Marc, z, U.
roiT. LA FÊTE DE SAINT IGNACE DE LOYOLA.
mais ù toutes les parties qui la composent : fidèle à tous les royaumes de la chrétienté, fidèle à toutes les nations de la terre, fidèle à tous les ordres de la république, fidèle à tous les âges et à toutes les conditions des hommes, puisqu'il n*y a pas une condition ni un âge, pas une nation ni un empire, à qui ce grand saint, en conséquence de sa vocation, n'ait consacré son travail et ses services : Fidelis Deiis, perquemvocoti estis in socielalem Filii ejus Jesu Christi Domini nostri.
Mais allons plus avant, et voyons de la part do Dieu une autre espèce de fidélité à l'égard même d'Ignace. Quel mystère, mes chers auditeurs, et quelle conduite ! Ignace est appelé de Dieu, mais à quoi? à une fin dont il paraît absolument incapable ; à une entreprise pour laquelle il n'a ni talent, ni ouverture, ni disposition d'esprit. Il est destiné à diriger les âmes, et c'est un soldat élevé dans les exercices de la guerre, et sans usage des choses divines. Il est question d'instruire les peuples, et Dieu prend un homme sans lettres et sans études. Il s'agit d'instituer un grand ordre, et de former un corps de religion qui se répande dans tout l'univers ; mais Ignace est seul, destitué de crédit cl de force, réduit à une pauvreté extrême, qui l'a dépouillé de tout ce qu'ilétait selon le monde. Hé ! Seigneur, pouvait-il ilire aussi bien que Jéréinie, où m'envoyez-vous, et qui suis-je ? je ne fais que de naître à votre grâce. A peine ai-je ouvert les yeux pour vous connaître : je ne suis encore qu'un enfant; et quand il faut parler de vous, je ne sais pas prononcer une parole. Comment donc me conliez-vous un tel ouvrage? Tu l'entreprendras, lui répond le Seigneur ; et tu en viendras à bout. Ne dis point que tu es un enfant : Nolidicere : Pitersum '; car il est de ma fidélité, après l'avoir choisi, de te donner tousles moyens nécessaires pour l'accomplissement de ce grand dessein. Aussi, chrétiens, n'est-ce pas un miracle que tout ce que le Seigneur opère dans Ignace presque au moment de sa conversion, pour en faire un instrument propre à avancer la gloire divine et à procurer le salut des âuies ? Ignace n'est pas plustôtenlrédans celte solitude où il fut d'abord conduit par l'Esprit de Dieu, que le voilà comme transformé dans un autre homme. H a passé toute sa vie dans l'embarras de la cour et le bruit des armes, et dans un instant il est rempli de dons extraordinaires ; il reçoit la grâce d'une oraison sublime ; les jours et les nuits sulfisent à peine pour contenter le goût qu'il y trouve. II y emploie les semaines entières,
I Jeiem,, I, 7.
sans autre aliment ni autre soutien, tant il est absorbé dans ce saint exercice. Ce ne sont que ravissements, qu'extases, où son corps paraît élevé de terre ; Dieu se découvre à lui par Ici communications les plus intimes : il voit sensiblement Jésus-Christ dans le sacrifice de l'autel; il traite avec la Reine des anges; il pénètre jusque dans le sanctuaire pour y contempler Dieu même, et la trinité de ses personnes: jamais cet adorable mystère ne fut révélé à un homme mortel plus clairement qu'à Ignace ; il semble que ce soit un saint Paul transporté dans le ciel, et jouissant déjà de la vision bienheureuse. Lui-même proteste qu'après ce qu'il a vu, il est prêt à mourir pour la foi, quand il n'y aurait plus d'Ecriture, ni de tradition. D'où vient ce changement, chrétiens? C'est qu'Ignace, pour remplir sa vocation, doit être un homme de Dieu ; et parce qu'il a été jusqu'à présent tout autre, il faut que Dieu en fasse un homme nouveau. Or il le fait par cette profusion de lumières et de grâces ; et c'est en cela même que consiste la fidélité de Dieu envers ce saint patriarche.
Mais ce n'es! point assez qu'Ignace soit éclairé pour lui-même : il faut encore qu'il le soit pour les autres, et Dieu en a-t-il pris soin? Lisez, mes chers auditeurs, lisez ce livre admirable des Exercices que ce saint solitaire composa dans sa retraite ; ce livre qui a reçu tant d'éloges dans l'Eglise de Dieu ; ce Hvre dont les souverains pontifes ont voulu être les approbateurs, à qui le Saint-Siège a donné des grâces et des privilèges si authentiques ; ce livre dont l'usage a produit tant de conversions et tant de merveilles dans le monde ; ce livre dont les fruits sont encore aujourd'hui si abondants, et dont l'excellente méthode se pratique avec tant de succès dans le christianisme. Voyez s'il y a rien de plus solide pour la conduite des âmes, rieude|ilas prudent pour les règles de la foi, rien de plus certain pour le discernement des esprits, rien de plus relevé pour les maximes du salut. Qui fut l'auteur de cet ouvrage ? Ignace. Mais quel Ignace? Permettez-moi de parler ainsi. Est-ce Ignace consommé dans la vie spirituelle, après plusieurs années depuis sa pénitence? non ; mais Ignace sortant du monde, mais Ig.iace un mois après avoir quitté l'épée et s'être donné à Dieu. Cela ne tient-il pas du prodige? mais ce prodige, c'est une fidélité que Dieu croit devoir à la personne de son serviteur. Il l'a choisi poui' l'instruction des peuples; dès là sa providence rol)lige à lui donner toutes les connaissances des plus grands maîtres: Fidelis Deus, per quem vocati estis.
POUR LA FRTE de saint IGNACE DE LOYOLA.
Il y a plus : Ignace est un étranger, c'est un mendiant, c'est un inconnu ; il n'a ni accès dans Rome, ni pouvoir. 11 n'importe : Va, lui dit Dieu, va dans cette capitale de l'univers ; c'est là que tu formeras une compagnie dont je serai spécialement le chef. Ne mesure point l'entreprise par tes forces : plus lu es faible, mieux elle réussira. Toutes les puissances s'y opposeront, celles de l'enfer et celles de la terre, la sagesse des politiques, la passion des intéressés, le zèle des uns, la malice des autres; on te rejettera comme un misérable, on t'accusera comme un novateur, on te condamnera comme un ambitieux ; mais je te serai fidèle : Ego tibi Romœ propitius ero.
Ce sont, chrétiens, les propres paroles que saint Ignace entendit de la bouche de Jésus- Christ même, quand ce Dieu Sauveur se fit voir à lui dans cette célèLro apparition dont il l'honora, pour l'animer à poursuivre constamment la fondation de son ordre. Paroles que des esprits profanes ont voulu corrompre par une licence qui approche de l'impiété ; mais paroles éternellement glorieuses à ce saint instituteur, qui reçut une assurance de la protection divine pour le lieu même où Dieu l'avait d'ahord donnée à saint Pierre et à toute son Eglise : c'était un oracle que ces paroles, et vous en savez l'issue. Jamais ordre ne fut plus combattu que celui d'Ignace dans son institution, etjamais ordre ne fut approuvé avec des marques plus sensibles de la Providence. Les cardinaux s'assemblent pour l'examiner, et tous se sentent divinement émus et comme forcés à l'autoriser. L'un d'eux, tout déclaré qu'il était contre le dessein d'Ignace, avoue enfin qu'il n'y peut plus résister, et qu'il y reconnaît malgré lui le doigt de Dieu. On fait paraître ce pauvre, ce nouveau venu : il est admis honorablement par le pape, on le reçoit au nombre des fondateurs et des patriarches de l'Eglise, on lui expédie des bulles, on lui donne des pouvoirs, sa compagnie prend naissance : et qu'est-ce que cela, si ce n'est pas toujours un effet de l'inviolable fidélité de Dieu ? Fidelis Deus, per quem vocati estis.
Mais Dieu souffre qu'Ignace soit persécuté : voilà ce que l'incrédulité de tout temps a produit contrôla Providence sur les âmes justes. Hé bien ! chrétiens, que concluez-vous de là ? Ignace a vécu dans la persécution ; donc Dieu ne lui a pas été fidèle. Ah ! gardons-nous de tirer cette conséquence, si opposée aux principes de notre foi ; autrement, il faudrait dire que Dieu n'a pas même été fidèle à son Fils, et que
de tous les saints qui jouissent de la gloire, il n'y en a pas un qui ne pût former contre la providence de Dieu la même plainte. Non, mes chers auditeurs, ne raisonnons point de la sorte. Dites plutôt avec moi que les persécutions furent, pour saint Ignace, les plus évidents elles plus illustres témoignages de la fidélité de son Dieu, et vous parlerez en chrétiens.
Car, pourquoi ce grand saint a-t-il souffert tant de contradictions et de violences, a-t-il essuyé tant d'outrages, a-t-il été noirci de tant de calomnies ? ne vous l'ai-je pas dit d'abord ! Ce fut pour l'intérêt de Dieu et pour sa justice. L'eût-on déféré à Barcelone comme un visionnaire et un illuminé, s'il n'eût pas embrasé tous les cœurs par ses exhortations ferventes et pathétiques ? L'eût-on confiné à Alcala dans un cachot obscur, s'il n'eût pas réduit des femmes très-qualifiées aux saintes rigueurs de la pénitence, en les ramenant de leurs désordres ? Lui eût-on préparé dans Paris le traitement le plus indigne, s'il n'eût pas gagné à Dieu des hommes apostoliques pour être les compagnons de son zèle ? N'est-ce pas en haine de la conversion de François-Xavier, qu'on attenta sur sa personne ? D'où lui vint cette tempête qui se forma contre lui à Rome par un parti nombreux et puissant, sinon parce qu'il s'était hautement déclaré contre un prédicateur qui prêchait le luthéranisme ? Mille autres semblables sujets, n'est-ce pas ce qui lui a suscité tant de persécutions ? Or je vous demande, souffiir de la sorte, était-ce une marque que Dieu lui fût infidèle, puisque les persécutions sont les grâces les plus exquises dans l'ordre de la prédestination des saints, puisque leurs souffrances sont regardéesdans le christianisme comme une béatitude, puisqu'il est certain que dans tout l'Evangile Jésus-Christ les a spécialement promises à ceux qui seraient les hérauts de sa gloire î Dites-moi, mes cliers auditeurs, si c'était abandonner Ignace, que de le faire participer au sort des apôtres et des élus ? Mais d'ailleurs, quand Dieu ajoute à tout cela une protection visible et éclatante, et que par des ressorts inconnus aux hommes, mais infaillibles, il fait tourner la persécution à la gloire de ce saint homme ; quand Dieu lui donne la grùce, comme à un autre Joseph, de régner, pour ainsi dire, dans sa prison, d'y attirer les peuples, d'y enseigner, d'y exhorter, d'y convertir les âmes ; quand on dit publiquement à Alcala que, pourvoirs aint Paul dans les chaînes, il n'y a qu'à voir Ignace dans les fers ; quand il sort des cachots de Salamanque avec une approbation juridique de sa doc-
POUR LA FÊTE DE SAINT IGNACE DE LOYOLA
trine, ce qni lui gagrne un nombre infini de sectateurs ; qnand Dieu cliange en un moment le cœur de ceux qui prétend;»ient le déslionorer dans l'université de Paris, et qu'au lieu de le traiter aussi rigoureusementqu'ils se l'étaient proposé, ils se jettent à ses genoux, pulilient son innocence et font un éloge de sa vertu ; quand ses persécuteurs dans Rome sont punis de Dieu par des châtiments exemplaires, quand mille autres traits de la Providence donnent évidemment à connaître avec quelle attention le Ciel veillait sur lui et le soutenait dans les traverses, peut-on dire qu'il en eût été délaissé ? et par une conséquence toute contraire , ne laut-il pas reconnaître que Dieu jamais ne fut plus fidèle h Ignace que dans les croix et dans les afflictions IFidelis Deiis.per quem vocati estis in socielatem Jesu Christi.
Or, pour tirer de cette première partie quelque instruction dont nous puissions profiter, voilà, mes chers auditeurs, comment Dieu nous sera fidèle à nous-mêmes dans les conditions où il nous appelle, et où nous entrons par les ordres et sous la conduite de son adorable providence. Prene garde, s'il vous plaît : je ne dis pas que Dieu nous sera fidèle dans les conditions où nous nous serons engagés de nous-mêmes, sans le consulter et sans égard à ses desseins : Je ne dis pas qu'il nous sera fidèle dans ces états et dans ces ministères où nous nous serons ingérés, non selon son gré, mais selon le nôtre, selon le caprice qui nous guide, selon l'intérêt qui nous attire, selon l'ambition qui nous pousse, selon le plaisir qui nous flatte : surtout je ne dis pas qu'il nous sera fidèle dans ces occasions dangereuses où la seule passion nous conduit, et où la seule passion nous retient. Car, de quelle fidélité nous peut-il être redeval)le, lorsqu'il ne nous a rien promis ; c'est trop peu, lorsqu'il nous a même expressément menacés de retirer son secours, et de nous en priver ? Je dis donc seulement qu'il nous sera fidèle, quand ce sera lui qui nous aura choisis, et que nous nous conlbnnerons à son clioix ; quand ce sera lui qui nous aura envoyés, et que nous aurons ses divines volontés à exécuter ; quand ce sera lui qni nous aura appelés, et que nous ne suivrons point d'autre vocation que la sienne. Oui, chrétiens, c'est alors que notre Dieu nous sera fidèle, qu'il fera descendre sur nous l'abondance de ses grâces, qu'il nous éclairera de ses lumières , qu'il nous revêtira de sa force, qu'il nous garantira du péril, qu'il nous consolera dans nos peines, qu'il fera tout réussir à sa gloiie et pour notre
salut : car voilà ce qu'il ne nous peut refnser sans blesser tout à la fois, et sa bouté, et sa sagesse, et sa ^stice ; sans manquer à la parole qu'il nous a Si solennellement donnée, et que tant d'exemples ont confirmée. Cependant observez bien encore la promesse que je vous fais de sa part, et prenez-en bien le sens. Je ne prétends pas qu'il fera toujours réussir les choses selon nos idées humaines, et que nous n'aurons point de combats à livrer, point d'obst clés h surmonter, point même de mauvais succès, selon le monde, à supporter. Ce n'est point là ce qu'il a voulu nous faire entendre, en nous assurant qu'il serait avec nous, et que nous pourrions toujours compter sur son assistance.
Mais je prétends que, soit que nos enti-eprises succèdent selon nos vues, ou qu'elles échouent, soit que nous soyons dans l'estime publique ou dans le mépris, quoi qu'il arrive, il saura tirer de tout sa gloire, et faire tout servir à notre avancement et à notre sanctification ; mais une telle fidélité de la part de Dieu n'est pas ce que nousdemandons. Nous voudrions qu'il nous fût fidèle pour nous élever, pour nous distinguer, pour nous faire en tout paraître avecéelat. La moindre difficulté qui nous arrête, la moindre disgrâce qui nous humilie, le moindre revers qui nous dérange, c'est assez pour troul}ler notre foi, et pour nous faire accuser la providence du Seigneur. Si le saint patriarche dont je fais l'éloge en eût jugé comme nous, il eût bientôt abandonné l'ouvrage qu'il avait entrepris et commencé ; il eût cru devoir céder à tant d'orages et à de si rudes tempêtes dont il se vit assailli : mais au plus fort de la persécution, il espéra, comme Abraham, contre l'espérance même; car il savait que Dieu a des voies secrètes qu'il n'est pas oblige de nous révéler, et que quand il paraît plus éloigné de nous, c'est souvent alors qu'il en est plus près. Agissons donc avec confiance; et, sûrs que Dieu nous sera fidèle connue à Ignace, soyons nousmêmes, comme Ignace, fidèles à Dieu : c'est le sujet de la seconde partie,