‹ Œuvres complètesChapitre 155 sur 183 · SEHMON POUR I.R LUNDI DE LA SEMAINE SAINTE · texte numérisé non relu

SEHMON POUR I.R LUNDI DE LA SEMAINE SAINTE

DcrxifcME PAnriE. Témérité du lU'cheurciiii diffère sa conversion, parce qu'il se r-pond de la ^rAce. Dieu est fidèle ; et par» qu'il est liilelc, nous pouvons compter sur lui et sur sa grûce. Mais il ne s'ensuit pas que nous puissions compter sur lui et nous assurer de sa grûce !i son |ir(*judice iiioriie. Or, se promettre cette grâce pour se miintcnir dans l'habitude du péché, 1° c'est vouloir (lue Dieu soit lidL-le ;i celui qui le méprise ; i" c'est vouloir qu'il soit li'lclo aux dépens de tous ses inlércls, et le comliattre par le plus aimable de ses attributs, qui est sa miséricorde; 3° c'est vouloir que sa fidélité le renie, tout Dieu qu'il e<l, prévariciitiMir et fautiMir de notre iniquité.

1" C'est vouloir que Dieu soit lidèle ii celui (jui le méprise. Car n'est-ce pas le mépriser que de résister actuellement à sa grâce '( Mais malheur à vous qui mcprisez, dit le Seigneur, parce ipie vous serez miprisé ! Nous voulons nous convertir quand nous serons rebutés du mouile, ou (|ue le monde sera rebuté de nous. Nous voulons nous convertir quand la nécessité et une crainte servile nous y forcera. Kst-re traiter Dieu en Dieu, et se contentera-t-il que nous lui donnions les restes du monde, el un cœur infecté de vices et de passions ? Non, sans doute ; et, pour l'Iionneur de sa grâce dont il est jaloux, il saura bien punir nos mépris. Il nous rejettera, il nous dira comme à ces juifs dont il est parlé au premier chapitre d'Isaïe : Uclirez« vous ; je ne vous connais plus, et vos .sacrifices me sont à charge.

2° C'est combattre Dieu par ses propres armes, et se servir du plus aimable de ses attributs, qui est sa miséricorde, contre luimême. Car, si le pécheur ne comptait pas surla miséricorde de Dieu, s'il savaitque I^ieu fût un maître aussi prompt que terrible dans ses vengeances, il ne tarderait pas k se convertir. D'où vient donc qu'il remet ? c'est qu'il se repose sur l'idée d'un Dieu patient, et toujours prêt à donner sa grâce. Ah ! Seigneur, s'écrie là-dessus sant Ambroise, que n'éclatez-vous, et que ne prenez-vous votre cause en main ? Vous seriez alors servi comme vous devez l'être. Mais que dis-je? ajoute le même Père ; je parle en homme, Seigneur, et vous agissez en Dieu. Selon mes pensées, il vous serait plus avantageux de perdre des rebelles ; mais selon les vôtres, il vous est plus glorieux de suspendre vos coups, et d'arrêter votre justice. Vous cependant, pécheur, concluait ce saint évêque, n'ètes-vous pas bien coupable de vouloir moins faire pour un Dieu bon que pour un Dieu

inflexible '?

3° C'est vouloir rendre Dieu prévaricateur et fauteur de notre iniquité. Car il le serait évidemment s'il supportait les pécheurs avec cette patience qui tient de l'insensibilité, et si, malgré leur rébellion, sa grâce leurétaittoujours promise. Et voilà sur quoi Tertullien se fondait pour appuyer ses sentiments, quoique erronés, touchant la pénitence. Or, tout cela ne doit-il pas engager Dieu à refuser sa grâce au pécheur, qui d'une année â l'autre use toujours de nouveaux délais pour retarder sa conversion?

TiioisiÈME PARTIE. Témérité du pécheur qui dilT^ire sa conversion, parce (ju'il se répond de sa volonté. De toutes les choses du monde, celle dont nous pouvons le moins nous répondre, c'est notre voloniré propre. S'il fiiUait ri.squer le salut, disait saint Bernard, je croirais bien moins liasarder du rM^ de la grâce de Dieu, qui ne dépend pas de moi que du côté de ma volonté, qui en dé|)end. Mais si ma volonté dépend de moi, n'en puis-je pas disposer 'l Oui, reprend saint Bernard, et c'est justement pour cela même que je dois craindre : car si Dieu mavailôlé ce pouvoir, et qu'il se fût absolument rendu maître de ma volonté, je serais en assurance * mais comme il a voulu que cette volonté dépendit de moi, qui suis la fragilité et l'inconstance même, voilà ce qui me fait trembler.

Le pécheur se flatte qu'après quelques années il aura assez d'empiresur son cœur pour le dégager de l'esclavage du péché, et il reconnaît que dès maintenant il lui est presque impossible d'en sortir : contradiction évidente. Si vous êtes trop faible maintenant pour rompre vos engagements crimmels, comment les romprez-vous quand vous vous serez toujours affaibli davantage ?

Ce qui nous donne encore plus lieu de nous défier de cette pénitence de l'avenir, c'est que ces pécheurs qui diffèrent remettent communément cette conversion jusqu'à la fin de la vie, et souvent jusqu'au jour même de la mort. Or, est-on en état alors de faire une bonne pénitence ? A-t-on assez de présence d'esprit pour y bien penser 'i Est-on assez maître de soi-même pour changer tout à coup de sentiments, et pour devenir ce qu'on n'a jamais été ?

Attachons-nous plutôt au salutaire conseil de l'Apôtre, et au commandement qu'il nous fait de ne pas recevoir en vain le don de Dieu, qui nous est aujourd'hui présenté. Le temps est favorable, la grâce abondante, la disposition même de nos esprits et de nos cœurs avantageuse. Allons donc, et ménageons des moments si précieux. Disons à Dieu comme David :Dixi, nunc ccepi. C'est, Seigneur, un dessein formé ; je veux être à vous, et sans retardement je vais me mettre en devoir d'exécuter la saint« résolutiou que vous m'inspirez.

Maria vtsro aeeepit IViram unguenUpretiosi,»t unxit pedes Jesua , »t extersit pedes ejus capillis suis.

Marie-Madeleine prit donc une livre d'huile de parfum qui était d'un grand prix, la répandit sur les pieds de Jésus, et les essuya àfi ses cheveux. (Saint Jean, chap. xii, 3.)

C'est pour la seconde fois que, durant le cours de ce carême, l'Evangile nous représente Marie- Madeleine prosternée en la présence de Jésus- Christ, répandant un parfum de très-grand prix sur les pieds de ce divin Maître, les essuyant elle-même de ses cheveux, et renouvelant dans son cœur tous les sentiments de sa pénitence et de son amour. Modèle que je vous ai proposé, chrétiens, selon les intentions de l'Eglise, pour vous engager à rentrer comme cette sainte pénitente dans le devoir, à sortir comme elle de votre péché, et à vous réconcilier avec Dieu pur uae sijicère et uae prompte conversion.

Mais peut-être n'y a-t-il eu que trop de pécheurs que cet exemple a touchés, et qu'il n'a pas néanmoins convertis; qui se sont contentés de l'admirer sans le suivre, et qui, s'en tenant à de vains désirs, auraient souhaité d'être ce qu'était Madeleine contrite et humiliée devant le Sauveur du monde, mais dans la pratique ont toujours été et sont encore tout ce qu'ils étaient. Mille obstacles les arrêtent, mille engagements les tiennent liés; ils gémissent dans leurs fers, et , sans avoir la force de les rompre, ils les traînent avec eux, et demeurent dans le plus dur et le plus honteux esclavage. Or, il n'est plus question de délibérer, mes frères, il faut agir ; il faut, par une salutaire violence, vous tirer, ou plutôt vous arracher de cette triste servitude ; et je viens aujourd'hui vous dire ce que l'Ange dit à saint Pierre

SUR LE RETARDEMENT DE LA PfiNITENGE.

dans la prison : Surge velociter • ; levez- vous, cl no tardez pas. Je sais (juelle illusion vous s»^duit, el par quels prétextes la passion vous trompe et vous joue. l*our calmer les rcmonis intérieurs de votre Ame, vous ne renoncez pas absolument à la pénitence, mais vous la dilTércz; vous ne ditt's pas: Je ne me convertirai jamais : ce déses[)>)ir fait horreur; mais vous dites : Je ne me convertirai pas encore si tôt ; et moi, je veux vous faire voir les suites malheureuses de ce retardement, et l'alfreux danger où il vous expose. C'est ici, mon Dieu, (^ue j'ai besoin de votre gr.\ce toulc-puissanlc, et que je la demande par l'iulerccssion de Marie, l'asile et l'espérance des pécheurs. Ave, Maria.

Trois choses, disent les théologiens, sont d'une nécessité indispensable, ou, selon le lermc de l'école, d'une nécessité de moyen, pour se convertir à Dieu : le temps, la grâce et la volonté : le temp», comme une condition sans laquelle hors de Dieu rien n'est possible ; la grûce, comme le principe d'où dépend essentiellement la conversion du pécheur ; et la volonté du pécheur, comme le sujet même de cette conversion. Or, cela présupposé, voici d'abord en trois mots tout mon dessein, et ce que j'entreprends d'étabUr. Je veux vous montrer combien la conduite d'un pécheur qui 'diffère sa conversion est téméraire : pourquoi? parce qu'en remettant il s'assure de trois choses sur lesquelles il doit le moins compter, et dont il a plus lieu de se défier ; savoir, du temps de la pénitence , de la grâce de la pénitence, et de la volonté défaire pénitence. Témérité, lorsqu'il se promet d'avoir un jour le temps de se convertira Dieu, c'est la première partie. Témérité, lorsqu'il présume que la grâce ne lui manquera pas pour se convertir à Dieu, c'est la seconde. Témérité, lorsqu'il se répond de luimême en se flattant qu'il aura la volonté de se convertir à Dieu, c'est la troisième. Ces pensées sont communes ; mais pom- être communes, elles n'en sont pas moins solides ni moins propres à faire impression sur vos cœurs.

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