PLAINTE
Sur la mort de Sylvie.
uisseau qui cours après toy-mesme ,
Et qui te fuis toy-mesme aussi , . .
Arreste un peu ton onde ici Pour escouter mon dueil extresme ; Puis , quand tu l’auras sceu , va-t’en dire à la mer Qu’elle n’a rien de plus amer.
Raconte-luy comme Sylvie ,
Qui seule gouvernoit mon sort ,
À receu le coup de la mort Au plus bel âge de la vie ,
Et que cet accident triomphe en mesme jour De toutes les forces d’Amour.
Las ! je n’en puis dire autre chose ,
Mes souspirs trenchent mon discours.
Adieu, ruisseau , repren ton cours,
Qui non plus que moy ne repose ;
Que si par mes regrets j’ay bien pu tarrester ,
Voilà des pleurs pour te haster.