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Notice.
celle , mais simplement ce que l’auteur y voyoit lui-même , une idylle , astreinte à moins de majesté , accessible à plus de détails d’une vérité familière que les épopées de Chapelain ou du Père Lemoine. C’est faute d’avoir voulu juger le Moïse d’après son titre que Boileau se moque, en vers charmants, du passage où l’auteur
Peint le petit enfant qui va, saute , revient Et joyeux à sa mère offre un caillou qu’il tient.
Cen’étoient pas des critiques de ce genre qu’adressoit à Saint-Amant le savant Samuel Bochart. Lorsque parut le Moïse, il lui envoya ses observations, non plus aiguisées par une ironie piquante, du moins si elle étoit déplacée, mais hérissées de citations polyglottes dont le pédantisme dut terriblement alarmer Saint-Amant. Toutefois, le poète tint grand compte des remarques critiques du savant, et entra avec lui dans une discussion que nous publions pour la première fois à la suite du Moïse.
Il nous reste à disculper Saint-Amant du crime qu’on lui a fait d'avoir composé un poème inédit , un poème inconnu , dont le nom seul nous a été transmis par Loret et plus tard par L. Chevreau et par Brossette, La Lime parlante.
La Muse historique de Loret, consacrant le souvenir de Saint-Amant , dit :
Sa muse estoit d’un noble étage ,
Ayant fait pour dernier ouvrage,
Sur la naissance du Daufin ,
Un poème galant et fin.
Et de construction charmante,
Intitulé : « Lune parlante »,
Que l’on vend (je croy chez Sercy...
M. Paulin Paris, à l’obligeante érudition duquel on ne fait jamais appel en vain , nous fait remarquer à ce sujet que « Loret seul , des contemporains, en a parié ; encore ne dit-il pas absolument que la pièce soit imprimée : le je croy témoigne qu’il n’en étoit pas sûr.»
Le dauphin étoit né le 1er novembre 1661 ; Saint-
xl Notice.
Amant mourut peu après, et sans doute après sa mort Sercy, qui s’étoit chargé de l’impression , ne publia même pas un poème qui n’avoit d’autre mérite peut-être que son opportunité. Brosselte prétend que l’auteur y félicitoit Louis XIV de savoir nager, et semble trouver cette louange fort ridicule. Nous croyons que la poésie n’a pas moins de privilège que la prose , et qu’il n’est aucune idée, aucun sentiment, que les vers ne puissent rendre; les termes seuls de l’éJoge et la place qu’il occupe dans le poème peuvent le disculper ou le condamner. Mais cet ouvrage est perdu, et nous n’en pouvons parler que par ouï-dire.
On prétend que l’accueil fait parle roi à la Lune parlante abrégea les jours de Saint-Amant. Nous ne croyons pas plus à ce conte qu’à la mort de Racine avancée par un coup d’œil de Louis XIV. Lorsqu’il mourut, Saint- Amant avoit soixante-sept ans; mais les folies de sa jeunesse, les fatigues de ses voyages, l’avoient usé, et il sembloit plutôt âgé de 74 ou 7^ ans. C’est ce que nous apprend une note curieuse extraite d’un journal de Colletet le fils , et que nous avons été le premier à publier en i852, d’après une communication du savant M. Rathery, de la bibliothèque du Louvre :
« Le jeudy, 29e décembre 1661, jour de saint Thomas de Cantorbéry, mourut chez monsieur Monglas, son ancien hôte, qui étoit décédé huit jours avant, le sieur Saint-Amant, âgé de 74 ou 75 ans, après une maladie de deux jours. Il reçut les sacrements et mourut un peu devant midy. Monsieur l’abbé de Villeloin l’assista en ce dernier moment, etluy rendit ce dernier devoir. Il est inhumé à .... » (Incomplet.)
Ces quelques mots , en même temps qu’ils nous apprennent la date exacte de la mort de Saint-Amant , prouvent encore combien est erronée l’assertion de Tallemant des Réaux, qui prétend que l’auteur du Moïse étoit huguenot, comme Conrart et Gombauld. Saint- Amant étoit catholique , et si sa jeunesse fort orageuse 11e prouve pas une bien vive piété , ses dernières années nous le montrent revenu à résipiscence, et sa mort fut celle d’un chrétien.
Notice. xlj
Dirai-je maintenant quel fut Saint-Amant, son caractère , son rôle parmi ses contemporains ? C’est surtout par des comparaisons qu’il est possible de juger les hommes ; l’isolement où les biographes placent néces sairement leur héros semble augmenter toujours les véritables proportions qu’il doit avoir; pour nous, qui nous faisons de l’impartialité une loi absolue , nous ne voulons point exagérer l’importance d’un poète qui faisoit lui-même assez bon marché de ses œuvres1.
Saint-Amant, bien supérieur aux Tristan, aux Maillet , aux Pelletier et aux autres poètes de son temps n’est inférieur qu’à Corneille. Représentant d’une école toute libérale , dont Marot transmit les traditions à nos romantiques du XIXe siècle par l’intermédiaire de Molière , de La Fontaine, des contes de Voltaire , Saint- Amant écoute volontiers son caprice et se laisse facilement voir sous ses vers. Il a dû surtout son succès à une originalité puissante , à une verve sans égale , à l’allure vive, ardente, qu’il a su donner à ses vers; et, dans des genres tout opposés , aucun n’a eu plus de grâce facile et délicate. S’il eût vécu du temps de Boileau et de Racine , il auroit gagné sans doute à suivre les traces de ces grands maîtres; mort avant leurs premiers écrits , il a mérité au dessus de ses contemporains une place qu’il n'a pas eue , et que l’on pourra maintenant lui assigner, preuves en main , sur cette première édition complète de ses œuvres.
Ch.L. Livet.
i. Saint-Amant a été, dans ces derniers temps, l’objetd divers travaux : M. Philarète Chasles lui a consacré une étude sérieuse ; M. Théophile Gautier lui a donné une large place parmi ses Grotesques ; enfin , M. Xavier Aubryet a fait des recherches et recueilli des matériaux pour un livre en ce moment sous presse.
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Notice.