RAILLERIE A PAR TL
LA DEBAUCHE
ous perdons le temps à rimer,
Amis, il ne faut plus chommer;
Voicy Baechus qui nous convie A mener bien une autre vie ;
Laissons là ce fat d’Apollon ,
Chions dedans son violon ;
Nargue du Parnasse et des Muses ,
Elles sont vieilles et camuses;
Nargue de leur sacré ruisseau,
De leur archet , de leur pinceau ,
Et de leur verve poétique,
Oui n’est qu’une ardeur frenetique ;
Pégase enfin n’est qu’un cheval,
Et pour moy je croy, cher Laval 1 2,
1. Les Muses illustres de MM. Malherbe, Théophile, L’Esîoille, Tristan , Baudoin , etc., Paris, L. Chamhoudry, i658 , in-18 , sont divisées en quatre parties. La quatrième est intitulée Raillerie à part , ou la Muse burlesque.
2. Guy de Laval Bois-Dauphin, dit le marquis de Laval , étoit le seeond fils de la marquise de Sablé. Saint-Amant l’avoit sans doute connu dans le cours de l’expédition navale où il accompagna le comte d’Harcourt. Le commandement suprême appartenoit à l’archevêque de Bordeaux, Escoubleau de Sour-
La Débauché.
Que qui le suit et luy fait feste Ne suit et n’est rien qu’une beste.
Morbieu ! comme il pleut là dehors î '
Faisons pleuvoir dans nostre corps Du vin , tu l’entens sans le dire,
Et c’est là le vray mot pour rire ;
Chantons , rions , menons du bruit ,
Beuvons icy toute la nuit,
Tant que demain la belle Aurore Nous trouve tous à table encore. ’
Loing de nous sommeil et repos ; J
Boissat 4, lors que nos pauvres os Seront enfermez dans la tombe Par la mort, sous qui tout succombe ,
Et qui nous poursuit au galop,
Las ! nous ne dormirons que trop.
Prenons de ce doux jus de vigne ;
Je voy Faret qui se rend digne De porter ce dieu dans son sein ,
Et j’approuve fort son dessein.
Bacchus! qui vois nostre desbauche,
dis, et Laval étoit, sous ses ordres, capitaine dans un régiment de marine. — Voy. Tallemant des Réaux, éd. in-18, VII, 67.
— Laval fut tué en 1646, devant Dunkerque.
i. P. de Boissat fut reçu à l’Académie françoise dès sa fondation, en 1634. Insulté par le comte de Sault, depuis connétable de Lesdiguières , il vit toute la noblesse du Dauphiné, dont il faisoit partie, intervenir pour un accommodement. V. dans Tallemant, dans Segrais, dans Chorier, l’histoire de cette aventure fameuse , et dans Pellisson ( Hist . de V Acad. ) les pièces du procès et la liste des ouvrages de Boissat.
Il avoit un frère officier de cavalerie. Segrais, dans ses Mémoires-anecdotes , dit que La Calprenède a pris les principales intrigues de sa Cassandre dans Y Histoire négrepontique de Boissat.
— Boissat mourut en 1662.
La Débauché.
Par ton sainct portrait que j’esbauche En m’enluminant le museau De ce trait que je boy sans eau ;
Par ta couronne de lierre ,
Par la splendeur de ce grand verre , Par ton thirse tant redouté ,
Par ton eternelle santé ,
Par l'honneur de tes belles testes ,
Par tes innombrables conquestes ,
Par les coups non donnez , mais bus , Par tes glorieux attribus ,
Par les hurlemens des Menades ,
Par le haut goust des carbonnades , Par tes couleurs blanc et clairet,
Par le plus fameux cabaret ,
Par le doux chant de tes orgyes ,
Par l’esclat des trognes rougies ,
Par table ouverte à tout venant,
Par le bon caresme prenant ,
Par les fins mots de ta cabale ,
Par le tambour et la cymbale ,
Par tes cloches qui sont des pots,
Par tes soupirs qui sont des rots Par tes hauts et sacrés mystères ,
Par tes furieuses panthères ,
Par ce lieu si frais et si doux ,
Par ton boucq paillard comme nous Par ta grosse garce Ariane ,
Par le vieillard monté sur l’asne.
Par les Satyres tes cousins ,
Par la fleur des plus beaux raisins , Par ces bisques si renommées ,
Par ces langues de bœuf fumées ,
Par ce tabac, ton seul encens ,
Par tous les plaisirs innocens,
Les Cabarets.
Par ce jambon couvert d’espice,
Par ce long pendant de saucisse ,
Par la majesté de ce broc ,
Par masse, toppe, cric et croc,
Par cette olive que je mange ,
Par ce gay passeport d’orange ,
Par ce vieux fromage pourry ,
Bref, par Gillot, ton favory, Reçoy-nous dans l’heureuse trouppe , Des francs chevaliers de la couppe , Et, pour te montrer tout divin ,
Ne la laisse jamais sans vin.