‹ Œuvres completesChapitre 76 sur 141 · CAPRICE HER0IC0M1QUE · texte numérisé non relu

CAPRICE HER0IC0M1QUE

atelots , taillons de l’avant1; Nostre navire est bon de voile ; Çà du vin, pour boire à l’estoile Qui nous va conduire au levant.

A toy, la belle et petite ourse !

A toy, lampe de nostre course Quand le grand falot est gisté !

Il n’est point d’humeur si rebourse 2 Qui ne se creve à ta santé.

Mais , certes je suis bien oison ,

Et je n’acquiers gueres de gloire • De deffier un astre à boire Qui ne me peut faire raison ;

Son malheureux destin me touche :

Jamais le pauvret ne se couche Pour aller trinquer chez Thetis ,

i .Taillons de V avant , terme de mer qui signifie allons. (S.-A.) 2. Rebours , rebourse, adj., revêche. — De là l’adv. à rebours.

Le Passage de Gibraltar.

Et ce n’est rien qu’un corps sans bouche , Privé des nobles appetis.

A qui dois-je donc m’addresser?

A Mars , dont la fiere planette Brille d’une clarté plus nette Qu’un verre qu’on vient de rincer.

Aussi bien est-il nostre guide;

Aussi bien les piliers d’Alcide Frissonnent de le voir pour nous ,

Et devant ce brave homicide Atlas se présente à genous.

Releve-toy, vieux crocheteur !

L’Olimpe pourroit choir en l’onde,

Et prendre comme un rat le monde Sous son enorme pesanteur.

Ce n’est point toy que l’on menace :

Banny la crainte qui te glace ,

Et pren garde à ce que tu fais ,

Si tu ne veux perdre la place De monarque des porte-fais.

Mais n’apperçoy-je pas aux cieux Voguer le pin des Argonautes ,

Qui me reproche mille fautes ,

En se découvrant à mes yeux?

Ouy, c’est luy qu’en mer on adore ;

Il me dit (car il jaze encore Comme il faisoit au temps passé)

Que je ne suis qu’une pecore De boire et de l’avoir laissé.

Pardon , ô celeste vaisseau !

Avec soif je te le demande,

Et veux, pour t’en payer l’amende ,

Que ma tasse devienne seau.

292 Le Passage

Tu nous dois estre favorable :

Un prince en valeur admirable Représente icy ton Jason,

Et nostre projet honorable ,

Comme toy, vise à la toison 4.

C’est au Castillan qu’on en veut :

Nous cherchons partout à le mordre ;

Mais le poltron y met bon ordre ,

Il fuit nostre chocq tant qu’il peut;

A Neptune il fait banqueroute,

Nul deffi naval il n’escoute ,

La terreur l’eschoue en sés ports ,

Et dans Madrid mesme il redoute Le bruit mortel de nos saborts1 2.

La nuit commence à desnicher;

Enfans , voylà l’aube qui trotte ,

Phebus la suit, et nostre flotte Dans le destroit va s’emmancher.

Que la pompe en est fiere et belle !

Glauque n’en a point veu de telle Depuis qu’une herbe qu’il mangea.

Rendant sa nature immortelle ,

D’homme en dieu marin le changea.

Au gré de maint doux tourbillon J’y voy cent fiâmes 3 secouées ;

Cent banderolles enjouées

1. On sait que le roi d’Espagne étoit le chef et grand maître de l’ordre de la Toison-d’Or, institué en 1429 par le duc de Bourgogne Philippe-le-Bon. Les chevaliers portoient , attachée à un collier de fusils et de pierres à feu , l’image d’une toison semblable à celle dont Jason vouloit s’emparer.

2. Saborts , canonnières ou embrazures d’un vaisseau. (S.-A.)

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