‹ Œuvres completesChapitre 78 sur 141 · Richelieu, grand amiral de France · texte numérisé non relu

Richelieu, grand amiral de France

de Gibraltar. 295

Ce vain Guzman , ce comte-duc,

Qui perd contre luy son escrime,

Gemiroit aux coups de ma rime Comme ranimai de saint Luc ,

Et s’il venoit un jour à lire Ce que ma verve en pourroit dire A ses mornes yeux estonnez , ,

Ses bezicles qui m’ont fait rire D’effroy lui tomberoient du nez.

Mais nous ne sommes pas en lieu Propre à débiter ces merveilles :

Je les reserve aux nobles veilles Que je voue à cedemy-dieu;

Là , descoiffant mon escritoire ,

A mon papier je feray boire ,

Par un excès rare et divin ,

Plus de flacons d’encre à sa gloire Que je n’ay bû de brocs de vin.

Ha ! je voy ce cœur sans pareil ,

Ce vaillant Harcourt , qui s’appreste A faire un nouveau jour de feste ,

Peint de sang et de jus vermeil ;

Desjà sur le haut de la pouppe ,

Pour me pleger 1 il prend sa couppe Où pétillé et rit le nectar,

Et, s’escriant masse à la trouppe ,

Sa voix estonne Gibraltar.

1. Piéger ou pleiger. — Les lexiques ne donnent à ce mot d’autre sens que cautionner. Ici peut être signifie-t-il défier, peut-être soutenir , appuyer , comme dans ce vers du Parnasse des muses :

Je boirai tout si tu me veux pleiger.

Le Pa s s a g e

Icy le chasteau de Tanger1 Et là le fort du Mont-aux -Singes 2 Voudroyent pouvoir plier leurs linges En la frayeur de ce danger;

La Tour 3 et l’isle de Tariffe,

Que l'Océan ronge et desbiffe, »

Se souhaittent au fonds des eaux ,

Et rien n’ose attendre la griffe Du moins hardy de nos oyseaux.

Un Cocq4 suivant le Saint Louys*,

1. Le chasteau de Tanger, place forte dans le destroit du costé de l’Afrique. (S. -A.)

2. Le fort de Mont-aux-Singes , autre place du mesme costé nommée Ceuta, l’une et l’autre appartenant au roy d’Espagne. (S.-A.)

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