‹ Œuvres completesChapitre 90 sur 141 · Monterey , autre fort en ladite isle. (S.-A · texte numérisé non relu

Monterey , autre fort en ladite isle. (S.-A

3io Le Passage

Son bras, d’un mouvement adroit y Fend devant nous Fonde azurine:

C’est la Calioppe marine Que j’ay choisie en cet endroit.

Ses sœurs , ces aymables pucelles ,

Sortant de l’eau jusqu’aux aisselles ,

Chantent nostre futur bonheur,

Et font à nos moindres nacelles Quelque caresse ou quelque honneur.

L’une , avecques ses beaux yeux vers ,

Sousrit, se hausse et me regarde;

L’autre , ensemble douce et hagarde ,

Plonge ses trésors descouvers ;

L’autre , d’une brillante gloire ,

Fait flotter sur le mol yvoire L’or de son poil délicieux;

Et l’autre, de sa tresse noire,

Couronne son chef gracieux.

Les Tritons, aussi mal taillez ,

Qu’elles sont cointes 1 et jolies,

De mille agréables folies Chatouillent mes sens esveillez ;

Là, l’un , qui de souffler se tue ,

Embouche une conque tortue Au lieu d’un cornet à bouquin ,

Tandis que l’autre s’es vertu e A faire icy le Harlequin.

Ils nagent , ils dancent autour Des belles filles de Nerée ;

A voir leur façon altérée ,

i. Vieux mot depuis long-temps hors d’usage à l’époque ae Saint-Amant. — Coint , cointe, complus, bien ajusté, bien orné.

de Gibraltar.

Je pense qu’ils bruslent d’amour :

Le démon de la convoitise Au fond de leur poitrine attise Un feu qui vit mesme dans l’eau ;

Mais , de peur de quelque sottise ,

Disons icy : Muse, tout beau !

0 quel vain orgueil nous voyons !

Ces deux caps 1 qui les cieux esborgnent Sans se remuer s’entre-lorgnent Ainsi que deux beliers coyons.

Vrayment , leur lascheté me pique ;

Europe , va choquer l’Afrique ,

Ou tire tes guestres plus loing :

C’est trop s’entre-faire la nique Sans en venir aux coups de poing.

Mais que nous voicy bien deceus !

Les vaisseaux de ces bords paisibles ,

Se sont de peur faits invisibles Si tost qu’ils nous ont apperceus :

L’espoir de cassades2 nous paye;

Une vive et flottante haye Nous devoit deffendre le pas,

Et cependant en cette baye L’ennemy ne se montre pas.

Je croy qu’aujourd’huy sur les eaux Les nefs de Castille , alarmées ,

Par grâce ont esté transformées En autant de vistes oyseaux ;

Je croy qu’en leur forest natale ,

i. Caps , pointes de terre qui s’avancent dans la mer, autrement dits promontoires . (S. -A.)

a. Bourde, défaite, mystification. — Voy l’origine de ce mot dans Furetière.

Le Passage

Craignans leur ruine totale ,

Elles se sont allé cacher,

Et que nostre valeur fatale Les y fera long-temps jucher.

Ainsi, mais d’un autre moyen ,

La bonne femme Berecinte ,

Par une favorable quinte ,

Sauva les barques du Troyen.

Il les vit proche des arenes S’esbatre en forme de Sirenes Et sur le flanc , et sur le dos ,

Où , peu devant, de leurs carénés , Elles avoient trenché les flos.

Nous voicy tantost arrivez Vis-à-vis de Calpe et d’Abile ,

Dont la bouche en contes habile Vante les faistes eslevez.

Voilà l’une et l’autre colonne ;

Icy régné une gent felonne D’Alarbes traistres et brigans ,

Et là vit celle que Bellonne Enfle de complots arrogans.

Il faut, il faut les mettre à sac Ces deux bicoques adversaires ; Allons, en diables de corsaires, Réduire leur faste au bissac ;

Donnons dessus leur fripperie D’une tonnante batterie ,

0 braves et hardis nochers !

Et faisons voir avec furie ,

Des vaisseaux donter des rochers.

Non , gardons pour un digne effort Nostre ardeur vaillante et fidelle :

de Gibraltar.

Le jeu ne vaut pas la chandelle ,

Et rien ne paroist sur le port ;

Ce trou , ce poulier maritime Est une trop basse victime Pour la mousche qui nous espoint,

Et puis je ne fay nulle estime Des villes qui ne fument point.

Qu’y ferions-nous , mon cher Faret ?

Nous n’y Couverions rien à frire;

Et c’est bien là qu’on pourroit dire :

Et pas un pauvre cabaret 1 !

Jamais broche n’y connut atre :

Le monstre etique au front de plâtre En exclut tous les banqueteurs ;

Bref, ce lieu n’est pas un theatre Convenable à nos fiers acteurs.

Icy ma verve cessera :

Fendons la Mediterranée;

Je voy bien que cette journée En desbauche se passera.

Nous n’y combatrons que du verre O l’agreable et douce guerre !

Qu’elle rend les cœurs esjouys !

Adieu le fort , adieu la terre ,

Et vive le grand roy Louys !

i. On se rappelle les imprécations de Saint- Amant contre la

ville d’Evreux :

On y voit plus de trente églises,

Et pas un pauvre cabaret.

Nous citerons une exception bien rare en notre temps. A Préfailles , en Bretagne , on chercheroit en vain une auberge hors de la saison des bains de mer.

SONNET

aint-Honorat et Sainte-Marguerite,

N est-il pas temps que ces fascheux voisins , A demy juifs, àdemy Sarrasins,

Quittent vos bords et gagnent la guerite?

Nous sçavons trop ce que leur foy mérité Pour vous placer entre leurs grands cousins ; hazez leurs forts, bruslez leurs magasins :

De leur orgueil tout le monde s'irrite.

\ostre beau bois 1 qui montoit jusqu’aux cieux,

Jadis si frais, si délectable aux yeux,

La cime a bas semble crier vengeance ;

Et vos autels, à la guerre employez,

Vous blasmeront de quelque intelligence ,

Si de là-haut vous ne les foudroyez.

i. Sur ce beau bois, dont je ne me puis tenir de parler, et que j'avois veu quelques années auparavant, que j’y passay en

allant à Rome sur les galeres avec feu monsieur le mareschal de Crequy. (S.- A.)

Dizain.

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