Monterey , autre fort en ladite isle. (S.-A
3io Le Passage
Son bras, d’un mouvement adroit y Fend devant nous Fonde azurine:
C’est la Calioppe marine Que j’ay choisie en cet endroit.
Ses sœurs , ces aymables pucelles ,
Sortant de l’eau jusqu’aux aisselles ,
Chantent nostre futur bonheur,
Et font à nos moindres nacelles Quelque caresse ou quelque honneur.
L’une , avecques ses beaux yeux vers ,
Sousrit, se hausse et me regarde;
L’autre , ensemble douce et hagarde ,
Plonge ses trésors descouvers ;
L’autre , d’une brillante gloire ,
Fait flotter sur le mol yvoire L’or de son poil délicieux;
Et l’autre, de sa tresse noire,
Couronne son chef gracieux.
Les Tritons, aussi mal taillez ,
Qu’elles sont cointes 1 et jolies,
De mille agréables folies Chatouillent mes sens esveillez ;
Là, l’un , qui de souffler se tue ,
Embouche une conque tortue Au lieu d’un cornet à bouquin ,
Tandis que l’autre s’es vertu e A faire icy le Harlequin.
Ils nagent , ils dancent autour Des belles filles de Nerée ;
A voir leur façon altérée ,
i. Vieux mot depuis long-temps hors d’usage à l’époque ae Saint-Amant. — Coint , cointe, complus, bien ajusté, bien orné.
de Gibraltar.
Je pense qu’ils bruslent d’amour :
Le démon de la convoitise Au fond de leur poitrine attise Un feu qui vit mesme dans l’eau ;
Mais , de peur de quelque sottise ,
Disons icy : Muse, tout beau !
0 quel vain orgueil nous voyons !
Ces deux caps 1 qui les cieux esborgnent Sans se remuer s’entre-lorgnent Ainsi que deux beliers coyons.
Vrayment , leur lascheté me pique ;
Europe , va choquer l’Afrique ,
Ou tire tes guestres plus loing :
C’est trop s’entre-faire la nique Sans en venir aux coups de poing.
Mais que nous voicy bien deceus !
Les vaisseaux de ces bords paisibles ,
Se sont de peur faits invisibles Si tost qu’ils nous ont apperceus :
L’espoir de cassades2 nous paye;
Une vive et flottante haye Nous devoit deffendre le pas,
Et cependant en cette baye L’ennemy ne se montre pas.
Je croy qu’aujourd’huy sur les eaux Les nefs de Castille , alarmées ,
Par grâce ont esté transformées En autant de vistes oyseaux ;
Je croy qu’en leur forest natale ,
i. Caps , pointes de terre qui s’avancent dans la mer, autrement dits promontoires . (S. -A.)
a. Bourde, défaite, mystification. — Voy l’origine de ce mot dans Furetière.
Le Passage
Craignans leur ruine totale ,
Elles se sont allé cacher,
Et que nostre valeur fatale Les y fera long-temps jucher.
Ainsi, mais d’un autre moyen ,
La bonne femme Berecinte ,
Par une favorable quinte ,
Sauva les barques du Troyen.
Il les vit proche des arenes S’esbatre en forme de Sirenes Et sur le flanc , et sur le dos ,
Où , peu devant, de leurs carénés , Elles avoient trenché les flos.
Nous voicy tantost arrivez Vis-à-vis de Calpe et d’Abile ,
Dont la bouche en contes habile Vante les faistes eslevez.
Voilà l’une et l’autre colonne ;
Icy régné une gent felonne D’Alarbes traistres et brigans ,
Et là vit celle que Bellonne Enfle de complots arrogans.
Il faut, il faut les mettre à sac Ces deux bicoques adversaires ; Allons, en diables de corsaires, Réduire leur faste au bissac ;
Donnons dessus leur fripperie D’une tonnante batterie ,
0 braves et hardis nochers !
Et faisons voir avec furie ,
Des vaisseaux donter des rochers.
Non , gardons pour un digne effort Nostre ardeur vaillante et fidelle :
de Gibraltar.
Le jeu ne vaut pas la chandelle ,
Et rien ne paroist sur le port ;
Ce trou , ce poulier maritime Est une trop basse victime Pour la mousche qui nous espoint,
Et puis je ne fay nulle estime Des villes qui ne fument point.
Qu’y ferions-nous , mon cher Faret ?
Nous n’y Couverions rien à frire;
Et c’est bien là qu’on pourroit dire :
Et pas un pauvre cabaret 1 !
Jamais broche n’y connut atre :
Le monstre etique au front de plâtre En exclut tous les banqueteurs ;
Bref, ce lieu n’est pas un theatre Convenable à nos fiers acteurs.
Icy ma verve cessera :
Fendons la Mediterranée;
Je voy bien que cette journée En desbauche se passera.
Nous n’y combatrons que du verre O l’agreable et douce guerre !
Qu’elle rend les cœurs esjouys !
Adieu le fort , adieu la terre ,
Et vive le grand roy Louys !
i. On se rappelle les imprécations de Saint- Amant contre la
ville d’Evreux :
On y voit plus de trente églises,
Et pas un pauvre cabaret.
Nous citerons une exception bien rare en notre temps. A Préfailles , en Bretagne , on chercheroit en vain une auberge hors de la saison des bains de mer.
SONNET
aint-Honorat et Sainte-Marguerite,
N est-il pas temps que ces fascheux voisins , A demy juifs, àdemy Sarrasins,
Quittent vos bords et gagnent la guerite?
Nous sçavons trop ce que leur foy mérité Pour vous placer entre leurs grands cousins ; hazez leurs forts, bruslez leurs magasins :
De leur orgueil tout le monde s'irrite.
\ostre beau bois 1 qui montoit jusqu’aux cieux,
Jadis si frais, si délectable aux yeux,
La cime a bas semble crier vengeance ;
Et vos autels, à la guerre employez,
Vous blasmeront de quelque intelligence ,
Si de là-haut vous ne les foudroyez.
i. Sur ce beau bois, dont je ne me puis tenir de parler, et que j'avois veu quelques années auparavant, que j’y passay en
allant à Rome sur les galeres avec feu monsieur le mareschal de Crequy. (S.- A.)
Dizain.