Le Lis de France , la Tulipe de Hollande
2. Saint-Amant, élu parmi les premiers membres de l’Académie, s’occupoit assez peu des travaux de la société. Pour se dispenser du discours que devoit chaque académicien , il avoit promis de recueillir tous les mots grotesques, comme on disoit alors, ou burlesques, comme on dit depuis. Ainsi essayoit-il de sauver d’infamie crevaille , piot et chinquer. Comme l'Académie devoit s’occuper de faire un dictionnaire , elle avoit souvent de ces sortes de discussions, qui retardoient l’achèvement de l’œuvre et faisoient dire à Bois-Robert :
Et le destin m’auroit fort obligé S’il m’avoit dit: Tu vivras jusqu’au G.
Les mots anciens, si ardemment défendus parMllede Gournay., tels que adonc , pour ce que, d’autant , etc., sembloient devoir attirer les foudres de l’Académie ; et, en effet , Gomberville le puriste prétendoit n’avoir jamais employé car. On accusoit la docte compagnie de les proscrire. Mais Pellisson affirme qu’elle ne craignoit pas de les employer, et cite des exemples tirés du Jugement de l’Académie sur le Cid. Les académiciens en particulier étoient plus sévères que réunis en corps. Il faut lire , a ce sujet , de curieux passages de la Requête des dictionnaires de Ménage, et, dans Saint-Evremont, la comédie des Académistes, que l’on a attribuée même à Saint-Amant.
Les Pourve es
Qu’un tarif, maintesfois changé1 * 3,
Mette au rouet l'arithmetique;
Qu un artisan presque enragé En renasque dans sa boutique;
Que cent nouveautez on pratique,
J’en gausscray les mal-contens,
Pourveu qu’à la façon antique Chacun de nous hausse le tens.
Qu’un superbe et gros maltotier Erige en palais ses rapines ;
Que son jeune fou d’héritier S abandonne aux garces poupines ;
Qu’il en ressente les espines,
J’auray des roses à souhait ,
Pourveu qu a l’ombre des chopines Je me trouve sain et de-hait.
Qu un endebté , qu’un criminel ,
Trompe une barrière en sa chaise ;
Qu un autre , en plein jour solennel ,
S’y coule chez dame Gervaise ;
Qu un autre y dandine à son aise ,
Je trouveray cela fort bon ,
Pourveu qu’en celle-ci j’appaise Ma soif qui naist de ce jambon.
i. En 1640 , en effet, les pistoles ou louis d’or furent augmentés de 20 sols, ce qui est de dix pour cent. L’ordonnance fameuse de i64o donne un tarif de l’or et de l’argent, qu’on trouve expliqué à la suite du Traité des monnayes de Boizard ( ans, 1714, 2 vol. in-12), dans un chapitre anonyme, mais qui est de Hindret de Beaulieu , inspecteur général des mon-
noies : Traité pour l'instruction des directeurs et des ouvriers des monnoyes de France ... p. 7-9.
3. Peut-être Saint-Amant fait-il allusion ici aux maisons bâties par Gorge ou Monléron, ou autres héros des Caquets de I Accouchée . (Voy. Caquets de l' Accouchée, Bibl, eïz e\.,passim.)
Que nos cocqs, sur l’aigle acharnez ,
Excitent les chants de nos cygnes ;
Que nos princes déterminez
Aient fait rage au combat des lignes1 ;
Que de mes vers leurs noms soient dignes ,
Je trouveray cela fort beau ,
Pourveu que Dieu garde nos vignes De lagresle du renouveau.
Que nos petits oisons de cour Usent de fausses railleries ;
Qu’ils soient ineptes en amour Et sots en leurs galanteries ;
Qu’ils ayment les friponneries ,
Je les tiendray pour gens bien nez,
Pourveu que dans nos beuveries Ils ne fourrent jamais le nez.
Qu’à leur honte nos demy-dieux Ne fassent rien pour ma fortune ;
Que je tracasse, pauvre et vieux.
Ou sur Cibelle ou sur Neptune;
Qu’un dur créancier m’importune .
Je n’en auray point de soucy,
Pourveu que je trinque etpetune Avec les drosles que voicy.
Que Lysidor soit obsédé2 Du démon de Pinquietude;
Qu’ayant plus qu’un Paule raudé.
Il s’obstine en cette habitude :