PROSPECTUS
La raison et l'intérêt public a voient commencé la révolution: l'intrigue et l'ambition l'ont arrêtée; les vices des tyrans et les vices des esclaves l'ont changée en un état douloureux de trouble et de crise.
La majorité de la nation veut se reposer, sous les auspices de la Constitution nouvelle, dans le sein de la liberté et
(i) Bûchez et Roux: Histoire parlementaire de la Révolution Française, t. XIV, p. 192 à 194, et E. Hatin (t. VI, p. 281 à 283), donnent le texte complet de ce prospectus que Laponneraye a omis dans sa publication.
En avril 1792, L. Prudhomme, dans les Révolutions de Paris, n° CXLVII, commente, en un long article, le prospectus du Défenseur de la Constitution (v. préface page XII). Son article commence ainsi :
« A. Maximilien Robespierre. — « Robespierre, un homme que vous aimez, et que vous ne désavouerez pas sans doute, a dit: « Le patriotisme... sans « concert..., s'agite péniblement et sans fruit ou seconde quelquefois, par une « impétuosité aveugle les funestes projets des ennemis de notre liberté. » Prospectus du (nouveau) défenseur de la Constitution, p. 2 et 3.
« Robespierre, rappelez-vous que ce même homme, au sortir de la dernière séance de l'assemblée constituante, fut porté plutôt que reconduit en sa maison par le peuple.
« Rappelez-vous qu'au bas des images de ce même homme, le peuple écrivit en caractères informes, mais qui n'étaient pas mendiés : L'incorruptible!
« Rappelez-vous que d'une seule voix ce même homme fut appelé au ministère le plus redoutable de la justice.
< Et dites-nous comment il se fait que ce même homme, sur lequel il n'y avait qu'un sentiment, soit devenu un problème même aux yeux d'un assez grand nombre de patriotes... ». — E. Hamel (t. II, p. 249 à 253), analyse ce prospectus dont il fait ressortir l'esprit et la portée.
de la paix; quelles causes l'ont privée jusques ici de ce double avantage? l'ignorance et la division. La majorité veut le bien ; mais elle ne connoît ni les moyens de parvenir à ce but, ni les obstacles qui l'en éloignent; les hommes bien intentionnés mêmes se partagent sur les questions qui tiennent le plus étroitement aux bases de la félicité générale. Tous les ennemis de la Constitution empruntent le nom et le langage du patriotisme pour semer l'erreur, la discorde et les faux principes ; des écrivains prostituent leur plume vénale à cette odieuse entreprise. Ainsi l'opinion publique s'énerve et se désorganise ; la volonté générale devient impuissante et nulle, et le patriotisme, sans système, sans concert et sans objet déterminé, s'agite péniblement et sans fruit, ou seconde quelquefois, par une impétuosité aveugle, les funestes projets des ennemis de notre liberté.
Dans cette situation, un seul moyen nous reste de sauver la chose publique, c'est d'éclairer le zèle des bons citoyens pour le diriger vers un but commun. Les rallier tous aux principes de la Constitution et de l'intérêt général, mettre au grand jour les véritables causes de nos maux et en indiquer les remèdes, développer aux yeux de la nation les motifs, l'ensemble, les conséquences des opérations politiques qui influent sur le sort de l'Etat et de la liberté; analyser la conduite publique des personnages qui jouent les principaux rôles sur le théâtre de la révolution ; citer au tribunal de l'opinion et de la vérité ceux qui échappent facilement au tribunal des lois, et qui peuvent décider de la destinée de la France et de l'univers : voilà sans doute le plus grand service qu'un Citoyen puisse rendre à la cause publique.
Un ouvrage périodique qui rempliroit cet objet m'a paru l'occupation la plus digne des amis de la Patrie et de l'humanité: j'ai osé l'entreprendre. L'esprit qui le dirige est annoncé par son titre : Le Défenseur de la Constitution.
Placé dans l'origine de notre révolution, au centre des événemens politiques, j'ai vu de près la marche tortueuse de la tyrannie; j'ai vu que les plus dangereux de nos ennemis ne sont pas ceux qui se sont ouvertement déclarés ; et je tâcherai que ces connoissances ne soient point inutiles au salut de mon pays.