PAR LA MESME DAME
L'on s'esbahit de veoir qu'une seconde Aime si fort ; mais quant à moy, je croy Que tant d'amour dans vostre cœur abonde, Tant de valeur, tant d'honneur, tant de foy, gue n'en treuvez nulle qui ait en soy Grâce qui peust mériter telle flamme.
Si petit cœur il n'y a qu'une femme Ne puisse aimer. Par quoi dire je veux Que vous pouvez aimer plus d'une dame; Car vous avez ic cœur plus grand que deux.
I. Ces vers, ainsi que les précédents, ont été faits, soit })ar la dame elle-même, soit en son nom par Sainct-Gelays, pour le roi François 1er.
Il n'y a qu'à lire les vers pour s'assurer qu'ils ne peuvent s'adressera un autre qu'au roi. p. b.
RESPONSE '
JE cognois bien que je n'ay ne vertu, Ny grâce en moy qui mérite d'avoir De vostre amour la grosseur d'un festu, Dont l'acquérir excède mon pouvoir; Mais d'un seul poinct fais si bien mon devoir Que, si amour d'amour seul se contente,
En moy pourra son contentement veoir; Car d'aimer bien seulement je me vante.
I. Voici la réponse du roi. — Est-elle vraiment de François le^, ou Sainct-Gelaysy a-l-il mis la main? — Il en étoit bien capable. p. b.
VOYEZ-VOUS point mon extrême folie?
Quand je suis seul,j'ay bien la hardiesse De declairer la douleur qui me lie Et l'appeler m'amye et ma maistressc ; Ma grand' amour sans crainte lui confesse ; Mais quand je suis auprès d'elle à loysir, La voix me fault, le cœur et le désir. Tant qu'un seul mot ne luy dy de mon rôle. Taire me faut, n'ayant plus grand plaisir Que de la voir et oyr sa parolle '.
I. Voyez, dans les Poésies erotiques ô.q Parny. liv. III, n» XI, une charmante pièce, intitulée : i^cflexion amoureuse^ et qui se termine par ce vers :
Et trop d'amour peut nuire à l'amour même.
SI la rigueur des seconds vers fut faincte, Comme l'estoit des premiers la doulceur, Son menacer ne me donroit de crainte.
Non plus que m'a faict de bien sa faveur.
Mais je cognois que l'une part du cœur ; L'autre ne vient que de plume * conduite, Par main qui peut trop prodigue estre dicte Du bien d'aultruy et trop chiche du sien : L'une est voulue et l'autre n'est qu'escripte ; Dont j'ay de peur plus que n'eus oncq de bien.
I. On lit dans le Ms. plaine, qu'on pourroit à la rigueur expliquer dans le sens du latin planus, uns condmie naturelle, non pvéméditéQ. p. b.
ex XXV.
L*ON s'esbahit de la camaleonte, Taulpe, haran et de la Salemandre ', Dont chacun d'eux, ainsi que dit le compte^ Sa vie peut d'un seul clément prendre.
Je me puis bien le cinquicsme rendre Des animaulx, dont (sans plus retarder) Je le confesse à qui l<f veut entendre, gue je ne vy rien que de regarder.
I. Selon l'opinion commune au moyen âge, le caméléon ne se nourrissoit que d'air, la taupe que de terre, le hareng que d'eau et la salamandre que de feu. Chacun d'eux vivoit donc d'un seul der. quatre éléments. Sainct-Gelays s'ajoute à ces animaux réels ou fictifs, comme ne vivant que de regarder son amante.
Il ne fiut pas non plus oublier que la salamandre étdit l'emblcme de François le'. e. p.-b.