‹ Œuvres complètes ... Méthode d'équitationChapitre 11 sur 209 · DE L'ÉQUILIBRE DU CHEVAL · texte numérisé non relu

DE L'ÉQUILIBRE DU CHEVAL

L'harmonie des forces et du poids du cheval donne l'équilibre de la masse. L'équilibre de la masse produit rharmonie des mouvements.

Bàuchii.

Tout être organisé, pour conserver la liberté et la sûreté de ses mouvements, est astreint à observer la loi de réquilibre. Le cheval, plus que tout autre animal^ est soumis à cette loi, car non-seulement il doit calculer ses mouvements par rapport à sa propre masse, mais le poids additionnel de son cavalier vient encore augmenter la difficulté du problème.

L'importance majeure d'équilibrer le clîeval a été yiyement sentie par le monde équestre. Aussi tout écuyer se pique d'honneur et veut trouver le secret de ce nœud gordien.

Dans notre xii® siècle où toutes choses doivent être traitées scientifiquement, il est tout naturel qu'on ait demandé à la science le secret de l'équilibre. La science a répondu par un problème : — Pour équilibrer votre cheval, cherchez son centre de gravité.

Cette réponse n*a pas manqué d*exciter une noble ar» deur. Tout le monde s'est mis à l'œuvre. On cherche le centre de gravité partout, toujours... mais on ne le trouve pas. Des contradictions sans nombre surgissent chaque jour, les discussions s'enveniment, les traités d'équitation tournent au pamphlet, les découvertes restent nulles et le centre de gravité continue à se promener dans le domaine dont on Fa fait seigneur et maître. Un si grand personnage devrait cependant n'être pas introuvable, eu égard aux limitas restreintes qui le renferment.

Combien d'écuyers, sans me compter ou en me comptant, conmie on voudra, ont usé leur persévérance à cette vaine recherche! Mais aussi, qui n'aurait voulu connaître ]a solution d'un problème qui^ d'un seul coup^ tranchait les difficultés de l'équitation en donnant l'équiUbre du cheval?

La science avait parlé ; comme tout le ùionde^ je crut à son oracle.

Me voilà^donc livré, pendant des années entières, à des recherches journalières.

Résultats nuls I Ceux de la veille étaient contredits par ceux du lendemain.

Fallait-il donc, cependant, parce qu'il plaisait au centre de gravité de voyager incognito, laisser le che* val et son cavalier exposés aux dangers qu'entraîne le défaut d'équilibre I

Pour m'aider dans mes recherches, je m'adressais aux

écoyershanteurs. Ils mettaient une grande érudition à m'expliquer le déplacement du centre de gravité, quand» par exemple, une jambe de derrière se porte en avant, suivie de la jambe droite, transversalement opposée, ou bien quand le rassembler s^opère, oîi quand le cheval se cabre, rue, etc.

il est là, disait Tun ; non je le vois de ce côté, disait Tautre; et ces vaines disctissians se continuent encore parce que l'on ne veut pas remonter aux causes premières, et que les effets absorbent Tattentioni générale.

Je m'incline devant la iteiencè. Maii3 son application est-elle toujours bien comprise? J'en doute, surtout dans le cas qui nous occupé.' . '

On étudié la manière d'être dû. centre de gravité* Pourquoi ? Je l'ignore. En saine pratique, n'avoàs-nous pas la ferce du cheval à régir, ^op poids k répartir? n'avons-nous pas à combiner lea foroeé opposées du cavalier (main et jambes)? Si nous ^ous rendons compte des effets de ces divers agents, et si nous en tiroqs le parti convenable, nous arriverons à notre équilibre quand même : n'en déplaise au centre de gravité 1

Rrtir ma gouverne, je demande bien hiimlâèment aux érudîtséquestresoù se trouvele centre de gravité, quand les forces, par exemple, sont trop portées sur Farrièremain (acculées) et le poids projeté sur ravant^main?

Soit^il les forces? suit^il le poids?

Est-ce du centre de gravité que pf oeéd'ent les actions du cheval?

Donne-t-il la force? dispose-Wl le poids dans un ordre ou dans un autre?

Le centre de gravité, enfin, donne-t-il la position qui détermine le mouvement du cheval?

Messieurs les théoriciens, préparez vos anathèmes! je vais porter une main profane sur le dieu de vos rêves et briser votre idole, après avoir, il est vrai, dans mon ignorance, brûlé sur son autel un inutile encens.

Votre centre de gravité ne donne, n'entraîne, ni ne produit rien!

Il existe incontestablement, mais à l'état de passivité.

Vous voulez l'ériger en cause, il n'est qu'effet.

Quelle que soit votre opinion à son égard, il fonctionnera toujours dans le même ordre : bien, si votre mouvement est juste ; mal, si votre mouvement est irrégulier.

Pourquoi donc, à propos d'équitation, avoir sans cesse à la bouche des mots scientifiques, sonores, il est vrai, mais vides de sens et propres, tout au plus, à retarder les progrès de l'art, par l'obscurité qu'ils répandent sur les théories ?

Tenez, messieurs, abandonnez simplement le centre de gravité aux influences qui le gouvernent et cessez les discussions qu'il excite depuis trop longtemps. Au lieu d'enfourcher un nuage pour chevaucher à la recherche d'une idée aussi introuvable qu'inutile, montez un vrai cheval, et probablement vous approuverez les principes que je vais appliquer à Vobtention et au maintien de l'équilibre du cheval.

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