‹ Œuvres complètesChapitre 198 sur 323 · HARANGUE · texte numérisé non relu

HARANGUE

Hauts SEiGNEUiis , magnifique préteur , vénérables COLLÈGUES, ILLUSTRES HOCTEURS, ET H0N0R.4BLES BIAGISTRATS,

Je prie Vos Excellences de vouloir bien considérer que ce n'est pas de ma propre volonté , mais par exprès commandement de nos hauts seigneurs, que je viens parler devant elles. J'y trouve un motif de joie; car si j'étais venu de mon gré j'aurais mérité qu'on me traitât de présomptueux; tandis que, forcé parle commandement des hauts seigneurs, je mérite, sinon d'être loué, du moins de trouver une excuse dans mon obéissance. Et quoique mon inexpérience soit grande, votre puissance et votre autorité sont si étendues qu'elles ont bien plus de pouvoir sur moi que n'en a la première. Toutefois je ne puis m'erapécher d'éprouver quelque frayeur en songeant que je dois parler de choses dont je n'ai nulle connaissance; et je ne vois d'autre moyen i de satisfaire tout à la fois à ce que je vous dois j et à ce que je me dois à moi-même, que d'être | extrêmement court , afin que mon discours renferme moins d'erreurs et vous cause moins d'ennui. D'ailleurs, ayant à discourir de la justice | devant des liommes extrêmement justes, il y | aurait de l'inconvenance à parler longuement, et trop de paroles seraient superflues, loin d'être nécessaires. Toutefois, pour m'acquitter de mon devoir et me conformer à l'antique usage, je dirai que les poètes , qui, selon les gentils, furent les premiers législateurs do l'univers, nous apprennent que les hommes, durant l'enfance du monde, étaient si vertueux que les dieux ne rougissaient pas de descendre du ciel pour

' Le manuscrit autograptie ne désigne point celle des nombreuses magistratures de Florence à laquelle cette harangue fut adressée. Le sujet qui y est Irailé fait voir que c'élait un discours de formalité, auquel on n'atlachait aucune importance, 11 y a apparence que cette courte et superficielle composition est un ouvrage de la première jeunesse de l'auteur, et qu'il n'a été fait que pour se conformer à l'usage qui existe encore à Florence , de confier ces sortes de harangues aux jeunes gens qui débutent dans iacarriëre.

venir au milieu d'eux habiter ici-bas ; mais que bientôt la vertu ayant disparu , et les vices ayant pris naissance , les dieux retournèrent peu à peu dans le ciel, et Tliémis fut la dernière des divinités qui abandonna la terre. Cette fiction nous démontre combien la justice est nécessaire aux hommes, puisqu'ils s'étaient maintenus justes malgré la prolonde corruption , et la fuile des dieux qu'avait chassés le souffle empoisonné des vices. Mais la justice les ayant également abandonnés par la suite, la paix disparut en même temps; et de lu naquit la ruine des royaumes et des républiques. Depuis son retour au ciel, cette divinité n'est plus revenue habiter parmi les hommes; elle a seulement favorisé quelque cité de sa présence momentanée ; et pendant tout le temps qu'elle y a fixé son séjour elle l'a rendue grande et puissante. C'est elle qui a fait la gloire de la Grèce et de Rome; c'est elle qui a I contribué au bonheur de tant de républiques et de royaumes; c'est elle encore qui quelquefois a daigné habiter notre patrie, qui l'a accrue, qui la maintenue, et qui la maintient et l'accroît encore; c'est elle qui produit l'union dans le sein des états, l'union, qui est leur puissance et leur soutien; c'est elle qui défend les pauvres et les faibles , qui réprime les riches et les puissants, qui abaisse les superbes et les audacieux, qui met un frein aux spoliateurs et aux avares, qui châtie les insolents et qui renverse les violents; c'est elle qui enfante au sein des états cette égalité si désirable pour maintenir leur existence. Cette vertu est celle qui plaît plus que toutes les autres à Dieu, ainsi que le font voir de nombreux exemples , et entre autres celui qu'a donné l'empereur Trajan, qui, quoique païen et infidèle, fut reçu au nombre de ses êtus à la prière de saint Grégoire i, non à cause de ses auties vertus, mais pour avoir scrupuleusement administré la justice. C'est de quoi

' C'est une ancienne tradition , ainsi que chacun sait, qui eut beaucoup de crédit dans les siècles d'iyncrance.

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