A L'ARMÉE DES CONFÉDÉRÉS QUI FAISAIT LE SIÈGE DE CRÉMONE
INSTRUCTIONS
Doauées à NrcotAS Macchiavelu par F. GmcciARDim ,
lieutenant du pape à l'armée des confédérés '.
Je vous envoie à Crémone pour deux objets : le premier est de savoir de la manière la plus ceriaine possible les espérances que l'on peut avoir de cette opération; le second, de mettre tout en œuvre pour qu'on l'abandonne si dans cinq ou six jours la ville ne se rend pas. En conséquence, outre les autres démarches que vous aurez à faire pour vous instruire sur le premier objet, je vous remettrai une lettre de créance
' La guerre qui à cette époque déso'ait l'Iialie, et dans laquelle le pape, les Vénideiiseï la France s'élaient lignés coiiire Charles-Quint, eut poui' la ligue l'issue la plus maliieureu.«e. (/est un dessujeisd'hisioiie les plus inléiessiints et IfS plus féconds en événements. Les plus ix'uiarquibles sont le .sac de Rome, la capiiviié du pape el te changemenl de la république de Florence en monarchie.
Le célèbre hisiorieu François 'iuicciardini élait commissaire du pape auprès de l'armée, et Macchiavelli fut envoyé près de lui par les Florentins. I^a coriespondance officielle et pai-ticnlieie qui eui lieu en celle occasion enfe ces deux hommes illustres et François Vettori fait pariie de celte traduction, el donne des renseigiiemeiws précieux sur les intrigues les plus .secrètes des affaii-es du temps.
Il semblerait résulter des instructions de Gnicciardini que .Macchiavelli se trouvait piès de lui, soii voloniairement, soit en vertu d'une commission du p,oiiverneinent de Florence, mais que cette commission était antérieure à celle qui fait l'objet de la mission ci-après, puisque le siège de Crémone, dont il est question dans ces instructioDS , eut lieu au mois d'août 1526.
pour le provéditeur vénitien, auquel vous confierez la première partie de votre mission : vous le presserez vivement de vous faire connaître son opinion ainsi que celle du duc ^, et vous lui donnerez à entendre qu'il peut s'expliquer aussi librement avec vous qu'avec moi-même.
Quant au second objet, prenant pour base la réponse du provéditeur, vous lui demanderez de ma part ce qu'il pense faire dans le cas où l'on ne prendrait pas la ville au bout de cinq à six jours, et vous lui direz que Sa Sainteté est d'avis, ainsi que la très-illustre seigneurie de Venise et les capitaines de l'armée, que le temps que l'on perd à Pentour de Créinone est trèspiéjudiciable parce qu'on laisse échapper l'occasion de s'cm[)arer de Gènes, ce qui est l'objet important de l'opération ; qu'on ne peut la prendre tant que l'armée est devant Crémone, parce que la flotte ne suffit point à elle .seule pour s'en rendre maîtresse et que les quatre mille hommes du marquis de Saluées .sont une bien faible re.ssource, surtout aujourd'hui qu'on a la certitude quelesE=pap,iio!8 qui se trouvaient à Alexandrie sont entrés dans Gènes; outre que nous ne croyons pas que le marquis veuille y aller avec des forces au.ssi peu considérables. Représentez-lui que nous avons rassemblé beaucoup de Suisses et que nous nous .sommes obligés de faire venir deux mille Grisons; que le
' France.sco Maria délia Rovere, duc d'Urbin, capitaine général des Vénitiens.
LÉGATIONS ET MISSIONS
fait seul d'un aussi ffrand rassemblement d'homnes df'venu inutile, serait la cause d'un désordre irréparable, surtout à Téi^ard des Suisses, qui, se trouvant extrêmement nombreux, ne passent pas un jour sans se mutiner «et sans qu'un grand nombre d'entre eux désertent; que cependant la dispense reste toujours la même, si raéme elle n'aujymente pas cbaque jour, tandis que l'armée diminue. Voici l'hiver qui approche; nous allons avoir bientôt sur les bras les renforts que l'Espagne envoie et qui , d'après les nouvelles, doivent mettre à la voile sous peu de jours. Si tout cela arrive avant que nous ayons pris Gènes ou chassé l'ennemi de Milan , notre entreprise risque fort d'échouer. Engagez en conséquence sa seigneurie A faire tous ses efforts pour qu'on lève le siège dans le cas où
la ville ne pourrait être prise dans cinq ou six jours. Si sa seigneurie juge à propos que vous parliez au duc vous le ferez, mais avec [)lus de précaution, sans lui rien dire de mon opinion ni de celle des capitaines, lui exposant seulement que notre saint- père m'a écrit que par tous les motifs exposés précédennnent il pense qu'on ne doit pas perdre plus de temps, mais que toutefois il abandonne cette détermination à la sagesse de Son Excellence; que de mon côté j'ai cru qu'il était convenable de lui donner connaissance des intentions de Sa Sainteté. Toutefois vous ne direz rien que d'après l'avis du provédileur, et de manière à ne donner au duc aucun prétexte de se fâcher.
Vous écrirez par la poste, et vous donnerez vos lettres au provéditeur.
MISSION