SCÈNE IX
LIGORIO, WESSER rsiClA, frère TIMOÏEO, SIRO.
uGuiuo. Bonsoir, monsieur le docteur.
KiciA. Oh ! hé ! holà !
LiGURio. N'ayez pas peur : c'est nous.
NiciA. Oh! vous voilà tous. Si je ne vous eusse reconnus tout d'abord , je vous allais donner de mon épée tout à travers le corps. Toi, tu es Lijïurio? Et toi, Siro? Et cet autre , c'est le médecin.^ Ilem?
iJGïJRio. Oui, docteur.
niciA. Tiens! oh ! qu'il est bien dé^juisé! Le plus fin s'y tromperait ^.
LIGURIO. Je lui ai fait mettre deux noix dans sa bouche, afin qu'on ne puisse le reconnaître A la voix.
' Nous ij'jnorons l'origine et la significalion exacte île cette phrase proverbiale. Ce qu'il y a ici de plus clair, c'est qu'elle offre une allusion licencieu.se. Rou.sseau a passé la phrase; Periès l'a traduite mot pour mot : l'infidélilé est égale.
* Ce même proverbe se trouve aussi dans les recjeils, avec une variante : « Comme disse mcsser Ghigna : vedula cou queste mani. » {Proferhj italiani raccolli (la Oïl. Pcscetti. )
^ Il y a encore là quelque chose de florentin que personne n'a compris. Le texie dit : El non lo coiioscerebbc. Va qna tu. Cela n'a pas de sens ; aussi nos deux devanciers outils traduit au ha.sard. Pour parvenir à entendre c passage il faut d'abord oier le point, qui est une faute évidente d'impression, quoiqu'elle se trouve dans plusieurs bonnes éditions de la Mandragore que nous avons consultées; il faut ensuite expliquer Fa qua tu. INous avons trouvé dans le recueil de Fesceiti un pi-ovcrbe qui, pour indiquer quelque chose de fort obscur, dit : £/ non l'intendeiebbe f'acquatù oci'ero Scarinzo. « Vacqualù ou Scarinzo ne le comprendrait pas. » On voit que ces deux noms sont mis pour ceux de quelque célfbre sorcier, de quelque OEdipehabile à comprendre ce que personne ne comprend. Ainsi expliqué, le sens n'est nullement douteux ; mais il reste à savoir ce qu'étaient Facquaiù ti Scarinzo. Nous l'avons cherché •0 vain.
NICIA. Sot que tu es!
LIGURIO. Et pourquoi?
NICIA. Que ne me las-tu dit d'abord ? j'en aurais mis deux au,ssi,nioi. Tu sais de quelle conséquence il est de ne pas être reconnu au parler.
LIGURIO. Tenez, mettez cela dans votre bouche.
MCiA. Qu'est cela.f*
LIGURIO. Une boule de cire.
NICIA. Donne tout de suite... (Il tousse et crache.) Ca, pu,ca,co,co, cu,spu!...Quelapestet'ctouffe, maudit bourreau!
LIGURIO. Je vous demande mille pardons : je vous ai donné par mé^farde une chose pour l'autre.
NICIA, Ca, ca, pu, potiah !... Qui donc est-ce là?
LIGURIO. Rien qu'un peu d'aloès.
NICIA. Va-t'en au diable ! Spu !... spu! (A frère Tlmoteo qu'il prend pour Callimaco. ) VouS ne dites rien, maîlre.^^
TiMOTEO. Lijjurio m'a mis dans une colère !..
NICIA. Oh! oh! comme vous contrefaites bien votre voix !
LIGURIO. Ne perdons pas ici le temps. Je veux être le général et régler l'ordre de bataille : Callimaco sera placé à la corne droite, moi à la corne gauche ; le poste du docteur sera entre le.s deux cornes; Siro fera l'arrière-garde pour donner secours au corps qui fléchirait ; le mot d'ordre sera saint Coucou
NICIA. Quel est ce saint-là, saint Coucou ?
LIGURIO. C'est le saint le plus fêté de France. Allons vite! Mettons une vedette dans ce coin... Écoutons... J'entends un luth.
NICIA. C'en est un vraiment. Que faisons-nous ?
LIGURIO. 11 faut envoyer en avant un éclaireur pour reconnaître qui c'est, et selon son rapport nous agirons.
NICIA. Qui enverrons-nous.^
LIGURIO. Marche, Siro. Tu sais ce que tu as à faire : considère, examine, reviens vite et fais ton rapport.
SIRO. Je pars.
NICIA. Je ne voudrais pas que nous allassions prendre quelque butor, quelque vieillard faible et souffreteux, et que nous fussions obligés de recommencer demain la même comédie.
LIGURIO. Ne vous embarrassez pas : Siro est un habile garçon. Le voilà qui revient. Qu'as-tu trouvé, Siro?
SIRO. Le plus beau jeune homme que vous