ACTE V, SCÈNE IV
I le chagrin ne m'a point quitté; et quoique je ' goûlasse des plaisirs ineffables, je n'étais point heureux. Mais enfin , je me hh connaître à elle, 1 je lui révèle tout l'amour que je lui porte, je lui explique combien il nous est facile , grâce à la sottise de son mari, de vivre heureux et sans déshonneur, lui promettant, si Dieu disposait ' de lui , de la prendre pour femme. Elle, de son ! côté, avait compris, outre toutes mes raisons, I quelle différence il y a entre ma compagnie et celle de messer Nicia, entre les baisers d'un j jeune amant et ceux d'un vieux mari; et elle j s'est prise à dire en soupirant ; « Puisque ta ruse , l'extravagance de mon mari , la simplicité j de ma mère et la malice de mon confesseur ' m'ont induite à faire ce que je n'eusse jamais ] fait de moi-même , je veux penser que c'est i l'effet d'une céleste providence quia voulu que tout fût ainsi, et je n'ai point la présomption de refuser ce que le ciel veut que j'accepte. Je ' te considère donc désormais comme mon seigneur, mon maître , mon guide. Sois mon père , mon défenseur, mon uniijue félicité, car je t'aime; et ce que mon mari a voulu pour une i nuit, moi maintenant je veux qu'il l'ait tou- . jours. Deviens donc son compère. Présente-toi j ce matin à l'église; tu viendras ensuite dîner i avec nous. De partir ou de rester, c'est toi qui i en seras le maître; et nous pourrons à foute heure et sans soupçon nous trouver ensemble. « A ces mots j'ai pensé mourir de joie ; je n'ai point trouvé de paroles pour exprimer tout ce j que j'aurais voulu lui dire. Mais je sens que je I suis le plus heureux des hommes; et si ce bonheur ne m'est point ravi par la mort ou par le temps, je ne changerais pas mon sort contre celui des .saints du paradis.
LiGL'Rio. Je me réjouis avec toi de ta félicité. Ce que je t'avais prédit est arrivé de point en point. Mais que faisons nous maintenant?
CALLIMACO. Allons du côté de l'église : je lui
ai promis d'y être ; elle y doit venir elle-même
avec sa mère et le docteur.
iiGCRio. J'entends du bruit à la porte :
: ce sont elles ; elles sortent, et le docteiv'e'
: suit.
: ciLLiaiACO. Eutrons dans l'église, et m>à- ! attendrons.
î?4 OOVRAGES DRAMATIQUES.