‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 119 sur 489 · SCÈNE V. — SGANARELLE, MM. MACROTON, BAHIS · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — SGANARELLE, MM. MACROTON, BAHIS

A qui croire des deux? et quelle résolution prendre sur des avis si opposés? Messieurs, je vous conjure de déterminer mon esprit, et de me dire, sans passion, ce que vous croyez le plus propre à soulager ma fille.

MONSIEUR MACUOTON.

Mon-si-eur, dans ces ma-ti-è-res-là, il faut pro-cé-der a-vec-que circon-spec-ti-on, et ne ri-en fai-re, com-me on dit, à la vo-lée; d'au-tant que les fau-tes qu'on y peut fai-re sont, se-lon no-tre maî-tre Hip-pocra-te, d'u-ne dan-ge-reu-se con-sé-quen-ce.

MONSIEUR BAHIS, bredouillanl.

Il est vrai, il faut bien prendre garde à ce qu'on fait; car ce ne sont pas ici jeux d'enfant; et, quand on a failli, il n'est pas aisé de réparer le manquement, et de rétablir ce qu'on z gâté : experimentum periculosum C'est pourquoi il s'agit de raisonner auparavant conmie il

faut, de peser mûrement les choses, de regarder le tempérament des gens, d'examiner les causes de la maladie, et de voir les remèdes qu'on y doit apporter.

SGANARELLE, à part.

L'un va en tortue, et l'autre court la poste.

MONSIEUR MACUOTON.

Or, mon-si-eur, pour ve-nir au fait, je trou-ve que vo-tre fil le a u-ne ma-la-die chro-ni-que, et qu'el-le peut pé-ri-cli-ter, si on ne lui don-ne du se-cours, d'au-tant que les sym-ptô-mes qu'el-le a sont indi-ca-tifs d u-ne va-peur fu-li-gi-neu-se et mor-di-can-te qui lui pi-co-te les mem-bra-nes du cer-veau. Or, cet-te va-peur, que nous nom-mons en grec at-mos, est cau-sé-e par des hu-meurs pu tri-des, te-na-ces, et con-glu-ti-neu-ses, qui sont con-te-nu-es dans le bas-ven-tre.

MONSIEUR BAIIIS.

Et, comme ces humeurs ont été là engendrées par une longue succession de temps, elles s'y sont recuites, et ont acquis cette malignité qui fume vers la région du cerveau,

MONSIEUR MACROTON.

Si bi-en donc que, pour tH[;gï:,J[é:^::ito:*iac^^^^ .é;;ya=CU::eil.les-di-tes hu-meurs, il fau-dra une pur-ga-ti-on vi-gou-reu-ser*" Mais, au pré-a-la-ble, je trou-ve à pro-pos, et il n'y a pas d'in-con-vénient, d'u-ser de pe-tits re-mè-des arJOPjrdijiis, c'est-à-di-re de pe-tits la-ve-ments ré-mol-li-ents et dé-ter-sifs, de ju-leps et de si-rops rafraî-chis-sants, qu'on mê-le-ra dans sa pti-sa-ne.

MONSIEUR BAUIS.

Après, nous en viendrons à la purgation, et à la saignée, que nous réitérerons, s'il en est besoin.

MONSIEUR MACROTON.

Ce n'est pas qu'a-vec-que tout cela vo-tre fil-le ne puis-se mou-rir; mais au moins vous au-rez fait quel-que cho-se, et vous au-rez la conso-la-ti-on qu'el-le se-ra mor-te dans les for-mes.

MONSIEUR BAIIIS

Il vaut mieux mourir' selon les règles que de réchapper contre les règles.

MONSIEUR MACROTON.

Nous VOUS di-sons sin-cè-re-ment no-tre pen-sé-e.

M0>S1EUR BAIIIS.

Et vous avons parlé comme nous parlerions à notre propre frère.

SGANARELLE, à M. Macrolon, en allongeant ses mois.

Je vous rends très-hum-bles grâ-ces. (A M. Bains, bredouillant.) Et vous suis infiniment obligé de la peine que vous avez prise.

SCÈi^E VI. ^ SGANARELLE, seul.

Me voilà justement un peu plus incertain que je n'étois auparavant.

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