‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 127 sur 489 · ACTE m, SCÈNE VI. 12i · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE VI. 12i

SGANARELLE, à Cliiandre.

Eh bien, notre malade? Elle me semble un peu plus gaie

CLITANDRE

C'est que j'ai déjà fait agir sur elle un de ces remèdes que mon art m'enseigne. Comme ^sprit a grand empire sur le corps, et que c'est de lui bien souvent que "procèdent les maladies, ma coutume est de courir à guérir les esprits avant que de venir aux corps. Jai donc observé ses regards, les traits de son visage et les lignes de ses deux mains; et, par la sciencft gnf^. lf> ^'i^l m'a Hm^pp^^ j'ai reconnu que c'étoit de r esprit qu elle etoit malade, et que tout son mal ne venoit que d'une imagination déréglée, d'un désir dépravé de vouloir être mariée. Pour moi, je ne vois rien de plus extravagant et de plus ridicule que cette envie qu'on a du mariage.

SGANARELLE, à part.

Voilà un habile homme !

CLITANDRE

Et j'ai eu et aurai pour lui toute ma vie une aversion effroyable.

SGANARELLE, à part.

Voilà un grand médecin !

CLITANDRE

Mais, comme il faut flatter l'imagination des malades et que j'ai vu en elle de l'aliénation d'esprit et même qu'il y avoit du péril à ne lui pas donner un prompt secours, je l'ai prise par son foible, et lui ai dit que j'étois venu ici pour vous la demander en mariage *. Soudain son visage a changé, son teint s'est éclairci, ses yeux se sont animés ; et, si vous voulez, pour quelques jours, l'entretenir dans cette erreur, vous verrez que nous la tirerons d'où elle est.

SGANARELLE

Oui-da, je le veux bien

CLITANDRE

Après nous ferons agir d'autres remèdes pour la guérir entièrement de cette fantaisie.

SGANARELLE

Oui, cela est le mieux du monde. Eh bien, ma fille, voilà monsieur qui a envie de t'épouser, et je lui ai dit que je le voulois bien.

LUCINDE

IlélasI est-il possible?

Oui

Mais, tout de bon?

Oui, oui.

* y AU. Et lui ai dit que j'étois venu ici pour la demander en mariage.

SGANARELLE

SGANARELLE

i2'2 L'AMOUR MÉDECIN.

LTOINDE, à Clitandre.

Quoi! vous êtes dans les sentiments d'être mon mari?

Oui, madame.

LCCLNDE.

Et mon père y consent?

SGANARELLE

Oui, ma fille.

LUCIXDE.

Ah! que je suis heureuse, si cela est véritable!

CLITANDRE

Wevt doutez point, madame. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je vous aime et que je brûle de me voir votre mari. Je ne suis venu ici que pour cela; et, si vous voulez que je vous dise nettement les choses comme elles sont, cet habit n'est qu'un pur prétexte inventé, et je n'ai fait le médecin que pour m'approcher de vous, et obtenir plus facilement ce que je souhaite.

LUCINDE

C'est me donner des marques d'un amour bien tendre, et j'y suis sensible autant que je puis.

SGANARELLE, à part.

01a folle! ô la folle! ô la folle!

LUCINDE

Vous voulez donc bien, mon père, me donner monsieur pour époux?

SGANARELLE

Oui.Çà, donne-moi ta main. Donnez-moi un peu aussi la vôtre, pour voir.

Mais, monsieur...

SGANARELLE, étouffant de rire.

Non, non, c'est pour... pour lui contenter l'esprit. Toucliez là. Voilà qui est fait.

CLITANDRE

Acceptez, pour gage de ma foi, cet anneau que je vous donne. (Bas, à Sganarelle.) C'est un anneau constellé, qui guérit les égarements d'esprit.

LUCINDE

Faisons donc le contrat, afin que rien n'y manque.

CLITANDRE

Hélas! je le veux bien, madame. (Bas, à Sganarelle.) Je vais faire monter l'homme qui éorit mes remèdes, et lui faire croire que c'est un notaire.

SGANARELLE

' Fort bien.

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