‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 131 sur 489 · SCÈNE I. — PHILINTE, ALCESTE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — PHILINTE, ALCESTE

PHILINTE

Qu'est-ce donc? qu'avez-vous?

ALCESTE, assis.

Laissez-moi, je vous prie

PHILINTE

Mais encor, dites-moi quelle bizarrerie...

ALCESTE

Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.

PHILINTE

Mais on entend les gens au moins sans se fâcher.

ALCESTE

Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre

PHILINTE

Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre, Et, quoique amis enfin, je suis tout des premiers...

ALCESTE , se levant brusquement. *

Moi, votre ami! Rayez cela de vos papiers. QjRt>H< ^1 .

J'ai fait jusques ici profession de Têtre;

Mais, après ce qu en vous je viens de voir paroilre,

]e vous déclare net que je ne le suis plus,

Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.

PllILINTE. :

Je suis donc bien coupable, Âlceste, à votre compte?

Allez, vous devriez mourir de pure honte ;

Une telle action ne sauroit s'excuser,

Et tout homme d'honneur s'en doit scandaliser.

Je vous vois accabler un homme de caresses,

Et témoigner pour lui les dernières tendresses;

De protestations, d'ofi'res et de serments.

Vous chargez la fureur de vos embrassements :

Et, quand je vous demande après quel est cet homme,

A peine pouvez-vous dire comme il se nomme ;

Votre chaleur pour lui tombe en vous séparant.

Et vous me le traitez> à moi, d'indifférent!

Morbleu ! c'est une chose indigne, lâche, infâme.

De s'abaisser ainsi jusqu'à trahir son àrae;

Et si, par un malheur, j'en avois fait autant, *

Je m'irois, de regret, pendre tout à l'instant !

PIULIXTE.

Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit néndable; - Et je vous supplierai d'avoir^pourj^réabife ^ /j^x/ M?" ' .^-^ ^ Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt', iW-^'^^^ ^^^^Vji^ Et ne me pende pas pour cela, s'il vous plaît. ù^ SJjO-^-^^ c»^-^

ALCESTE

Que la plaisanterie est de mauvaise grâce!

PUILINTE

Mais, sérieusemait, que voulez-vous qu'on fasse ?

Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

PniLINTE.

Lorsqu'un homme vous vient embrasser avec joie, 11 faut bien le payer de la même monnoie. Répondre, comme on peut, à ses empressements^ Et rendre offre pour offre, et serments pour serments.

ALCESTE

Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode Qu'affectent la plupart de vos gens à la mode , Et je ne hais rien tant que les contorsions De tous ces grands faiseurs de protestations,

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