‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 141 sur 489 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

CÉLIMÈNE. I

C'est pour me quereller donc, à cejjufLJ^ voi, ^^ ^ J 'Vca^ , Que vous avez voulu me ramener chez moi?

ALCESTE

Je ne querelle point. Mais voire humeur, madame, Ouvre au premier venu trop d'accès dans votre âme. Vous avez trop d'amants qu'on voit vous obséder, Et mon cœur de cela ne peut s'accommoder.

CÉLIMÈNE

Des amants que je fais me rendez-vous coupable? Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable Et, lorsque pour me voir ils font de doux efforts, Dois-je prendre un bâton pour les mettre dehors?

Non, ce n'est pas, madame, un bâton qu'il faut prendre^ utljMx

Mais un cœur à leurs vœux moins facile et moins tendre. So^^^'f*^^"'^^ Je sais que vos appas vous suivent en tous lieux; Mais votre accueil retient ceux qu'attirent vos yeux, Et sa doucear offerte à qui vous rend les armes Achève sur les cœurs l'ouvrage de vos charmes. Le trop riant espoir que vous leur présentez Attaclie autour de vous leurs assiduités ; Et votre complaisance, un peu moins étendue, De tant de soupirants chasseroil la cohue. Mais, au moins, dites-moi, madame, par quel sort ' Votre Clitandre a l'heur* de vous plaire si fort. Sur quel fonds de mérite et de vertu sublime Appuyez- vous en lui l'honneur de votre estime? Est-ce par l'Ongle long qu'il porte au petit doigt ^. Qu'il s'est acquis chez vous l'estime oià l'on le voit? ous ête^-vous rendue, avec tout le beau monde, ' Au mérite éclatant de sa perruque blonde? Sont-ce ses grands canons qui vous le font aimer ?,,>v>'W^ . L'amas de ses rubansXt-il su vous charmer? Est-ce par les appas de sa vaste rhingrave '''^

Qu'il a gagné votre âme en faisant vôtre esclave? Ou sa façon de rire et son ton de fausset Ont-ili de vous toucher su trouver le secret?

CÉLIMÈNE

Qu'injustement de lui vous prenez de l'ombrage 1 Ne savez-vous pas bien pourquoi je le ménage. Et que dans mon procès, ainsi qu'il m'a promis, 11 peut intéresser tout ce qu'il a d'ainis?

^Heur, pour bonheur; vieux mot regretté pir la Bruyère.

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t42 LE MISANTHROPE.

^ Perdez votre procès, madame, avec constance, k>3-'^-UN--'«-*-* "«w*^tvu>M/<x Et ne ménagez point un rival qui m'offense. \

f CÉLIMÈNE. '■

Mais de tout l'univers vous devenez jaloux.

ALCESTE

C'est que tout l'univers est bien reçu de vous.

eÉLlWÈNE.

C'est ce qui doit rasseoir votre âme effarouchée, .^^^pcr->A Puisque ma complaisance est sur tous épanchée; cW/tnjLv*-^ Et vous auriez plus lieu de vous en offenser, '

Si vous me la voyiez sur un seul ramasser.

ALCESTE

Mais moi, que vous blâmez de trop de jalousie, Qu'ai-je ,de plus qu'eux tous, madame, je vous prie?

CÉLIMÈNE

Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.

ALCESTE

Et quel lieu de le croire a * mon cœur enflammé?

CÉLIMÈNE

Je pense qu'ayant pris le soin de vous le dire, Un aveu de la sorte a de quoi vous suffire.

ALCESTE

Mais qui m'assurera que, dans le même instant, Vous n'«n disiez, peut-être, aux autres tout autant?

'■^>*-*' ^^^^^'^'^'^''îertes, pour un amant la lleurette est mignonne, '*^*>'^ ■r^^^ Et vous me traitez là de gentille personne. , i Eh bien, pour vous ôter d'un semblable souci, iK^Vy^M^^^^^ De tout ce que j'ai dit je me di^is ici ;J^M/u^Jc)^~ Et rien ne sauroit plus vous tromper que vous-même: Soyez content.

ALCESTE

Morbleu 1 faut-il que je vous aime !

Ah ! que si de vos mains je rattrape mon cœur. Je bénirai le ciel de ce rare bonheur ! Je ne le cèle pas, je fais tout mon possible A rompre de cœur l'attachement terrible; Mais mes plus grands efforts n'ont rien fait jusqu'ici Et c'est pour mes péchés que je vous aime ainsi.

t L'édition originale porte ô, préposition, au lieu de a, verbe, que presque tous les autres éditeurs ont adopté. Anger préfère la leçon de l'édition originale. Il la trouve plus vive et plus expressive. (F. L.)

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