SCÈNE VIL - GÉRONTE, SGANARELLE, JACQUELINE
SGANARELLE, à Jacqueline.
Doucement, vous. (A Géronte.) Monsieur, voilà une nourrice à laquelle il faut que je fasse quelques petits remèdes.
JACQUELL\E.
Qui? moi? Je me porte le mieux du monde.
SGANARELLE
Tant pis, nourrice; tant pis. Cette grande santé est à craindre, et il ne sera pas mauvais de yous faire quelque^petite saigqée amiable, de vous donner quelquetjpetit clystère dulcifiant.)
GÉRONÏE; -
Mais, monsieur, voilà une mode que je ne comprends point. Pourquoi s'aller faire saigner quand on n'a point de maladie?
SGANARELLE
Il n'importe, la mode en est salutaire ; et, comme on boit pour la I soif à venir, il faut se faire aussi saigner pour la maladie à venir *. '
JACQUELINE, en s'en allant. ""'^ ""
Ma C; je me moque de ça, et je ne veux point faire de mon corps une boutique d'apothicaire.
SGANARELLE
Vous êtes rétive aux remèdes ; mais nous saurons vous soumettre à la raison.
* C'était exactement la médecine du temps, qui ordonnait sans cesse des pur- I gâtions ou des saignées de précaution. On voit, dans les Mémoires de Dangeau,
Sue Louis XIV prenait médecine chaque mois, pour la maladie à venir, comme it Sganarelle. (Auger.)