SCÈNE XIII
ADRASTE, à don Pèdre, qui le snrprend parlant bas à Mdore. J'observois de près la couleur de ses yeux.
IIALI, tirant don Pèdre, pour l'éloigner d'Adraste et d'Isidore.
Seigneur, j'ai reçu un soulllet. Vous savez ce qu'est un soufflet, lorsqu'il se donne à main ouverte, sur le beau milieu de la joue. J'ai ce soufflet fort sur le cœur; et je suis dans l'incertitude, si, pour me vengeF de l'affront, je dois me battre avec mon homme, ou bien le faire assassiner.
DON PÈDRE
Assassiner, c'est le plus sûr et le plus court chemin. Quel est votre ennemi?
HALI
Parlons bas s'il vous plaît. (Hall tient don Pèdre, en lui parlant, de façon qfiiH ne peut voir Adraste.)
ADUASTE, aux genoux d'Isidore, pendant que don Pèdre et Hali parlent bas ensemble.
Oui, charmante Isidore, mes regards vous le disent depuis plus de deux mois, et vous les avez entendus. Je vous aime plus que tout ce que l'on peut aimer, et je n'ai point d'autre pensée, d'autre but, d'autre passion, que d être à vous toute ma vie.
ISIDORE
Je ne sais si vous dites vrai ; mais vous persuadez.
ADRASTE
Mais vous persuadé-je jusqu'à vous inspirer quelque peu de bonté pour moi?
ISIDORE
Je ne crains que d'en trop avoir.
ADRASTE
En aurez-vous assez pour consentir, belle Isidore, au dessein que je vous ai dit?
ISIDORE
Je ne puis encore vous le dire.
ADRASTE
Qu'attendez-vous pour cela?
ISIDORE
A. me résoudre.
ADRASTE
Ah! quand on aime bien, on se résout bientôt.
ISIDORE
Eh bien, allez, oui, j'y consens.
ADRASTE
Mais cx)nsentez-vous, dites-moi, que ce soit dès ce moment même?
ISIDORE
Lorsqu'on est une fois résolu sur la chose, s'arrête-t-on sur le temos?
DON PÈDRE, à Hali.
Voilà mon sentiment, et je vous baise les mains.
IIALI.
Seigneur, quand vous aurez reçu quelque soufflet, je suis homme au ssi de conseil, et je pourrai vous rendre la pareille.
DON PtDRE.
3e vous laisse aller sans vous reconduire; mais, entre cavaliers, cette liberté est permise.
ADRASTE, à Isidore.
Non, il n'est rien qui puisse elfacer de mon cœur les tendres témoignages... (A donPèdre, apercevant Adraste qui parle de près à Isidore.) Je re— gardois ce petit trou qu'elle a du côté du menton; et je croyois d'abord que ce fût une tache. Mais c'est assez pour aujourd'hui, nous finirons une autre fois. (A don Pèdre, qui veut voir le porirait.) Non, ne regardez rien encore; faites serrer cela, je vous prie. (A Isidore.) Et vous, je vous conjure de ne vous relâcher point, et de garder un esprit gai, pour le dessein que j'ai d'achever notre ouvrage.
ISIDORE
Je conserverai pour cela toute la gaieté qu'il faut. SCÈNE XIV. — DON PÈDRE, ISIDORE.
ISIDORE
Qu'en dites- vous? ce gentilhomme me paroîtle plus civil du monde; et l'on doit demeurer d'accord que les François ont quelque chose en eux de poli, de galant, que n'ont point les autres nations.
DON PÈDRE
Oui ; mais ils ont cela de mauvais qu'ils s'émancipent un peu trop, et s'attachent, en étourdis, à conter des fleurettes à tout ce qu'ils rencontrent.
ISIDORE
C'est qu'ils savent qu'on plaît aux dames par ces choses.
DON PÈDRE
Oui; mais, s'ils plaisent aux dames, ils déplaisent fort aux messieurs ; et l'on n'est point bien aise de voir, sur sa moustache, cajoler hardiment sa femme ou sa maîtresse.
ISIDORE
Ce qu'ils en font n'est que par jeu.