‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 261 sur 489 · SCÈNE XVI. - ADRASTE, DON PÈDRE · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI. - ADRASTE, DON PÈDRE

DON PtlDRE.

Eh quoi! seigneur, c'est vous? Tant de jalousie pour un François? Je pensois qu'il n'y eût que nous qui en fussions capables.

Les François excellent toujours dans toutes les choses qu'ils font; et, quand nous nous mêlons d'être jaloux, nous le sommes vingt fois plus qu'un Sicilien. L'infâme croit avoir trouvé chez vous un assuré refuge ; mais vous êtes trop raisonnable pour blâmer mon ressentiment. Laissez-moi, je vous prie, la traiter comme elle mérite.

DON PÈDRE

Ah! de grâce, arrêtez. L'offense est trop petite pour un courroux si grand.

ADRASTE

La grandeur d'une telle offense n'est pas dans l'importance des choses que l'on fait. Elle est à transgresser les ordres qu'on nous donne ; et, sur de pareilles matières, ce qui n'est qu'une bagatelle devient fort criminel lorsqu'il est défendu.

DON PÈDRE

De la façon qu'elle a parlé, tout ce qu'elle en a fait a été sans dessein; et je vous prie enfin de vous remettre bien ensemble.

ADRASTE

Eh quoi ! vous prenez son parti, vous qui êtes si déUcat sur ces sortes de choses?

DON PÈDRE

Oui, je prends son parti; et, si vous voulez m'obliger, vous oublierez votre colère, et vous vous réconcilierez tous deux. C'est une grâce que je vous demande ; et je la recevrai comme un essai de l'amitié que je veux qui soit entre nous.

ADRASTE

Il ne m'est pas permis, à ces conditions, de vous rien refuser. Je ferai ce que vous voudrez.

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