‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 293 sur 489 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

DOr.INE.

Mon Dieu! vife, avancez.

Vous vous aimez tous deux plus que vous ne pensez. Valèift et Mariane se tiennent quelque temps par la main sans se regarder. VALÈRE, se tournant vers Mariane.

Mais ne faites donc point les choses avec peine; Et regardez un peu les gens sans nulle haine.

Mariane se tourne du côté de Valère en lui souriant.

DOHIKE.

A vous dire le vrai, les amants sont bien fousl

VALÈRE, à Mariane.

Oh çà! n'ai-je pas lieu de me plaindre de vous*? Et, pour n'en point mentir, n'êtes-vous pas méchante De vous plaire à me dire une chose affligeante?

MARIANE

Mais vous, n'êtes- vous pas Thomme le plus ingrat?...

Pour une autre saison laissons tout ce débat. Et songeons à parer ce fâcheux mariage.

MARIANE

Dis-nous donc quels ressorts il faut mettre en usage.

DORINE

Nous en ferons agir de toutes les façons.

A Mariane. A Valère.

Votre père se moque; et ce sont des chansons.

A Mariane.

Mais, pour vous, il vaut mieux qu'à son extravagance

D'un doux consentement vous prêtiez Tapparence,

Afin qu'en cas d'alarme il vous soit plus aisé

De tirer en longueur cet hymen proposé.

En attrapant du temps, à tout on remédie.

Tantôt vous payerez de quelque maladie

Qui viendra tout à coup, et voudra des délais;

Tantôt vous payerez de présages mauvais ;

Vous aurez fait d'un mort la rencontre fâcheuse,

Cassé quelque miroir, ou songé d'eau bourbeuse .

Enfin, le bon de tout, c'est qu'à d'autres qu'à lui

On ne vous peut lier que vous ne disiez oui.

Mais, pour mieux réussir, il est bon, ce me semble,

Qu'on ne vous trouve point tous deux parlant ensemble.

A Valère.

Sortez ; et, sans tarder, employez vos amis

I' Voilà le trait le plus chaniiant de cette scène délicieuse. Ce n'est pas là un 3t plaisant, un joh vers; c'est la nature prise sur le fait par le gcnii.

Pour vous faire tenir ce qu'on vous a promis. Nous allons réveiller les eilorls de son frère, Et dans notre parti jeter la belle-mère. Adieu.

VALÈRE, à Mariane.

Quelques efforts que nous préparions tous, Ma plus grande espérance, à vrai dire, est en vous.

MAP.IANE, à Valère.

Je ne vous réponds pas des volontés d'un père ; Mais je ne serai point à d'autre qu'à Valère.

VALÈUE.

Que vous me comblez d'aise! et, quoi que puisse oser...

DORINE

Ah! jamais les amants ne sont las de jaser. Sortez, vous dis-je.

VALÈRE ; il fait »n pas et revient.

Enfin..

DORIKE.

Quel caquet est le vôtre !

Tirez de cette part; et vous, tirez de l'autre.

Dorine les pousse chacun par l'épaule et les oblige de ?e s»5parer,

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