‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 30 sur 489 · SCÈKK V. — LA PRINCESSE, MORON · texte numérisé non relu

SCÈKK V. — LA PRINCESSE, MORON

MORON

Il ne vous en doit rien, madame, en dureté de cœur.

Je donnerois volontiers tout ce que j'ai au mor.de, pour avoir l'avantage d'en triompher.

MORON

Je le crois.

Ne pourrois-tu, Moron, me servir dans un tel dessein?

MORON

Vous savez bien, madame, que je suis tout à votre service.

Parle-lui de moi dans tes entretiens ; vante-lui adroitement ma personne et les avantages de ma naissance, et tâche d'ébranler ses sentiments par la douceur de quelque espoir. Je te permets de dire tout ce que tu voudras pour tâcher à me rengager.

MOliON

Laissez-moi faire.

C'est une chose qui me tient au cœur. Je souhaite ardemment qu'il m'aime.

MORON

Il est bien fait, oui, ce petit pendard-là; il a bon air, bonne physionomie; et je crois qu'il seroit assez le fait d'une jeune princesse.

30 LA PRINCESSE D'ÈLIDE

Enfin, tu peux tout espérer de moi, si tu trouves moyen d'enflammer pour moi son cœur.

MORON

11 n'y a rien qui ne se puisse faire. Mais, madame, s'il venoit à vous aimer, que feriez-vous, s'il vous plaît?

Ah ! ce seroit lors que je prendi ois plaisir à triompher pleinement de sa vanité, à punir son mépris par mes froideurs, et à exercer sur lui toutes les cruautés que je pounois imaginer

MORON

Il ne se rendra jamais.

Ah ! Moron, il faut faire en sorte qu'il se rende.

MOUON.

Non, il n'en fera rien. Je le connois ; ma peine seroit inutile

Si faut-il pourtant tenter toute chose, et éprouver si son âme est entièrement insensible. Allons. Je veux lui parler et suivre une pensée qui vient de me venir * .

TROISIÈME INTERMÈDE SCÈNE I. — PlllLlS, TIRCIS.

PIIILIS,

Viens, Tircis. Laissons-les aller, et me dis un peu ton martyre de la façon que tu sais faire. U y a longtemps que tes yeux me parlent, mais je suis plus aise d'ouïr ta voix.

TIRCIS chante.

Tu m'écoutes, hélas! dans ma triste langueur; Mais je n'en suis pas mieux, ô beauté sans pareille!

Et je touche ton oreille,

Sans que je touche ton cœur.

PIIILIS.

Va, va, c'est déjà quelque chose que de toucher l'oreille, et le temps amène tout. Chante-moi cependant quelque plainte nouvelle que tu aies composée pour moi.

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