‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 314 sur 489 · SCÈNE VII. — TARTUFFE, ELMIRE, ORGON · texte numérisé non relu

SCÈNE VII. — TARTUFFE, ELMIRE, ORGON

TARTUFFE, sans voir Orgon.

Tout conspire, madame, à mon contentement. J'ai visité de l'œil tout cet appartement. Personne ne s'y trouve ; et mon âme ravie... Dans le temps que Tartuffe s'avance, les bras ouverts, pour embrasser Elmireelle se retire, et Tartuffe aperçoit Orgon. ORGON, arrêtant Tartuffe.

Tout doux ! vous suivez trop votre amoureuse envie, Et vous ne devez pas vous tant passionner. Ah! ah! l'homme de bien, vous m'en voulez donner! Comme aux tentations s'abandonne votre âme !

Vous épousiez ma fille, et convoitiez ma femme! J'ai douté fort longtemps que ce fût tout de bon. Et je croyois toujours qu'on changeroit de ton; Mais cest assez avant pousser le témoignage : Je m'y tiens, et n'en veux, pour moi, pas davantage.

ELMIRE, à Tartuffe.

C'est contre mon humeur que j'ai fait tout ceci; Mais on m'a mise au point de vous traiter ainsi.

TARTUFFE, à Orgon.

Quoi! vous croyez...

ORGON

Allons, point de bruit, je voiis prie Dénichons de céans, et sans cérémonie.

Mon dessein...

ORGON

Ces discours ne sont plus de saison.

Il faut, tout sur-le-champ, sortir de la maison.

C'est à vous d'en sortir, vous qui parlez en maître : La maison m'appartient, je le ferai connoître. Et vous montrerai bien qu'en vain on a recours, Pour me chercher querelle, à ces lâches détours; Qu'on n'est pas où l'on pense en me faisant injure; Que j'ai de quoi confondre et punir Timpostui^e, Venger le ciel qu'on blesse, et faire repentir Ceux qui parlent ici de me faire sortir !

Page 1