‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 324 sur 489 · A SON ALTESSE M« LE PRINCE · texte numérisé non relu

A SON ALTESSE M« LE PRINCE

mettre à la lêle d'une armée plutôt qu'à la tête d'un livre; et je conçois bien mieux ce qu'il est capable de taire en l'opposant aux forces des ennemis de cet Etat qu'en l'opposant à la critique des ennemis d'une comédie. , , .

Ce n'est pas, Monseigneur, que la glorieuse approbation de Votre Altesse Sérénissime ne fût une puissante protection pour toutes ces sortes d'ouvrages, et qu'on ne soit persuadé des lumières de votre esprit autant que de l'intrépidité de votre cœur et de la grandeur de votre âme. On sait, par toute la terre, que l'éclat de votre mérite n'est point renfermé dans les bornes de cette valeur indomptable qui se fait des adorateurs chez ceux même qu'elle surmonte; qu'il s'ttend, ce mérite, jusques aux connoissances les plus fines et les plus relevées, et que les décisions de votre jugement sur tous les ouvrages d'esprit ne manquent point d'être suivies par le sentiment des plus délicats. Mais on sait aussi, Monseigneur, que toutes ces glorieuses approbations dont nous nous vantons en public ne nous coûtent rien à faire imprimer ; et que ce s nt des choses dont nous disposons comme nous voulons. On sait, dis-je, qu'une épîlre dédicatoire dit tout ce qu'il lui plaît, et qu'un auteur est en pouvoir d'aller saisir les personnes les plus augustes, et de parer de leurs grands noms les premiers feuillets de son livre; qu'il a la liberté de s'y donner, autant qu'il le veut, l'honneur de leur estime, et de se faire des protecteurs qui n'ont jamais songé à l'être.

Je n'abuserai, Mo.nseigneur, ni de votre nom, ni de vos bontés, pour combattre les censeurs de ï Amphitryon et m'atiribuer une gloire que je n'ai peut-être pas méritée : et je ne jjrends la liberté de vous offrir ma comédie que pour avoir lieu de vous dire que je regarde incessamment, avec une profonde vénération, les grandes qualités que vous joignez au sang auguste dont vous tenez le jour, et que je suis, Monseigneur, avec tout le respect possible, et tout le zèle imaginable.

De Votre Ai.tesse Sérémssime,

Lft très-humble, trés-obéissani, el très-obiigé serviteur,

J. B. P. Molière.

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