‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 342 sur 489 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Bon, entré! Eh! de quelle sorte?

Ai-je voulu jamais entendre de raison?

Et ne me suis-je pas interdit notre porte?'

AMPUITRYON.

Comment donc?

Avec un bâton, Dont mon dos sent encore une doulem' trèsforte.

AUPHITllYON.

On t'a battu ?

Vraiment !

AMPHITRTOIT.

Et qui?

SOSIE

Moi.

iBIMIITHYOIÏ.

Toi, te battre?

Oui, moi; non pas le moi d'ici, Biais le moi du logis, qui frappe comme quatre.

AMPilITIlYON,

Te confonde le ciel de me parler ainsi l

SOSIE

Ce ne sont point des badinages.

Le moi que j'ai trouvé tantôt Sur le moi qui vous parle a de grands avantages;

Il a le bras fort, le cœur haut :

J'en ai reçu des témoignages; Et ce diable de moi m'a rossé comme il faut :

C'est un drôle qui fait des rages.

AMPHITUYOM.

Achevons. As- tu vu ma femme?

SOSIE

Non.

AMPHITRTOW.

Pourquoi?

SOSIE

Par une raison assez l'or te.

AMPHITRYON

Qui t'a fait y manquer, maraud? Explique-toii

SOSIE

Faut-il le répéter vingt fois de même sorte?

380 AMPHITRYON

Moi, vous dis-je, ce moi plus robuste que moi; Ce moi qui s'est de force emparé de la porte ;

Ce moi qui m'a fait filer doux ;

Ce moi qui le seul moi veut être ;

Ce moi de moi-même jaloux ;

Ce moi vaillant dont le courroux

Au moi poltron s'est fait connoître;

Enfin ce moi qui suis chez nous ;

Ce moi qui s'est montré mon maître ;

Ce moi qui m'a roué de coups.

AMPHITRYON

11 faut que ce matin, à force de trop boire, 11 se soit troublé le cerveau.

SOSIE

Je veux être pendu, si j'ai bu que de l'eau !

A mon serment on m'en peut croire.

AMPHITRYON

n faut donc qu'au sommeil tes sens se soient portés? Et qu'un songe fâcheux, dans ses confus mystères,

T'ait fait voir toutes les chimères

Dont tu me fais des vérités.

SOSIE

Tout aussi peu. Je n'ai point sommeillé,

Et n'en ai même aucune envie.

Je vous parle bien éveillé : *

J'étois bien éveillé ce matin, sur ma vie, Et bien éveillé même étoit l'autre Sosie,

Quand il m'a si bien étrillé^

AMPHITRYON

Suis-moi, je t'impose silence.

C'est trop me fatiguer l'esprit; Et je suis un vrai fou d'avoir la patience D'écouter d'un valet les sottises qu'il dit.

SOSIE , à part.

Tous les discours sont des sottises, Partant d'un homme sans éclat :

Ce seroient paroles exquises Si c'étoit un grand qui parlât.

AMPHITRYON

Entrons sans davantage attendre.

Mais Alcmène paroît avec tous ses appas ; En ce moment, sans doute, elle ne m'attend pas,

Et mon abord la va surprendre.

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