‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 350 sur 489 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

CLÉANTHIS.

Traître! il n'est que trop assuré.

C'est de tous les afi'ronts TaiTront le plus sensible; Et, loin que ce matin ton coeur l'ait réparé,

Tu t'es d'avec moi séparé Par des discours chargés d'un mépris toui visible*

Vivat Sosie!

CLÉAMTMS.

Eh quoi! ma plainte a cet effet!

Tu ris après ce bel ouvrage !

Que je suis de moi satisfait!

CLÉANTHIS.

J!xprime-t-on ainsi le regret d'un outrage?

SOSIE

le n'aurois jamais cru que j'eusse été si sage.

CLÉAN-TIIIS*

Loin de te condamner d'un si perfide trait. Tu m'en fais éclater la joie ea ton visage!

SOSIE

Mon Dieu! tout doucement! Si je parois joyeux, Crois que j'en ai dans l'âme une raison très-forte. Et que, sans y penser, je ne fis jamais mieux Que d'en user tantôt avec toi de la sorte

CLÉANTHIS.

Traître! te moques-tu de moi?

SOSIE

Non, je te parle avec franchise.

En l'état où j'étois, j'avois certain effroi Dont, avec ton discours, mon âme s'est remise. Je m'appréhendois fort, et craignois qu'avec toi

Je n'eusse fait quelque sottise.

CLÉANTHIS.

Quelle est cette frayeur? et sachons donc pourquoi,

SOSIE

Les médecins disent, quand on est ivre, Que de sa femme on se doit abstenir.

Et que dans cet état il' ne peut provenir Que des enfants pesants et qui ne sauroient vivre. Vois, si mon cœur n'eût su de froideur se munir, Quels inconvénients auroient pu s'en ensuivre '

CLÉANTHIS.

Je me mo'iue des médecins,

592 ■ AMP lin K Y UN.

Avec leurs raisonnements fades :

Qu ils règlent ceux qui sont malades, Sans vouloir gouverner les gens qui sont bien sains

Ils se mêlent de trop d'affaires, De prétendre tenir nos chastes feux gênés ;

Et sur les jours caniculaires Ils nous donnent encore, avec leurs lois sévères,

De cent sots contes par le nez.

SOSIE

Tout doux!

CLÉANTHIS.

Non, je soutiens que cela conclut mai; Ces raisons sont raisons d'extravagantes têtes. Il n'est ni vin ni temps qui puisse être fatal A remplir le devoir de Tamour conjugal; Et les médecins sont des bêtes.

Contre eux, je t'en supplie, apaise ton courroux : Ce sont d'honnêtes gens, quoi que le monde en dise.

CLÉANTHIS.

Tu n'es pas où tu crois; en vain tu files doux : 1 Ton excuse n'est point une excuse de mise; » Et je me veux venger tôt ou tard, entre nous. De l'air dont chaque jour je vois qu'on n1t méprise. Des discours de tantôt je garde tous les coups. Et tâcherai d'user, lâche et perfide époux, De cette liberté que ton cœur m'a permise.

SOSIE

Quoi?

CLÉANTHIS.

Tu m'as dit tantôt que lu consentois fort, Lâche, que j'en aimasse un autre.. .

SOSIE

Ah! pour cet article, j'ai tort, Je m'en dédis, il y va trop du nôtre. Garde-toi bien de suivre ce transport.

CLÉANTHIS.

Si je puis une fois pourtant

Sur mon esprit gagner la chose...

SOSIE

Fais à ce discours quelque pause.

Amphitryon revient, qui me paroit content *.

* Celte scène, l'une des plus jolies de la pièce est toute de l'invenilon de Mouére.

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