SCÈNE IV. — GEORGE DANDIN, ANGÉLIQUE
GEORGE DANDIN
Le voilà qui vient rôder autour de vous.
ANGÉLIQUE
Eh bien, est-ce ma faute? Que voulez-vous que j'y fasse?
GEORGE DANDIN
Je veux que vous y fassiez ce que fait une femme qui ne veut plaire qu'à son mari. Quoi qu'on en puisse dire, les galants n'obsèdent jamais que quand on le veut bien. Il y a un certain air doucereux qui les attire, ainsi que le miel fait les mouches; et les honnêtes femmes ont des manières qui les savent chasser d'abord.
Moi, les chasser! et par quelle raison*^ Je ne me scandalise point qu'on me trouve bien faite; et cela me fait du plaisir.
GEORGE DANDIN
Oui 1 Mais quel personnage voulez-vous que joue un mari pendant cette galanterie?
ANGÉLIQUE
Le personnage d'un honnête homme, qui est bien aise de voir sa femme considérée.
GEORGE DANDIN
Je suis votre valet. Ce n'est pas là mon compte; et les Dandins ne sont point accoutumés à cette mode-là.
ANGÉLIQUE
Oh! les Dandins s'y accoutumeront s'ils veulent; car, pour moi, je vous iéclare que mon dessein n'est pi\s de renoncer au monde et de m' enterrer toute vive dans un mari. Comment! parce qu'un homme s'avise de nous épouser, il faut d'abord que toutes choses soient finies pour nous et que nous rompions tout commerce avec les vivants ! C'est
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une chose merveilleuse que cette tyrannie de messieurs les maris; et je les trouve bons de vouloir qu'on soit morte à tous les diverlissemenls et qu'on ne vive que pour eux ! Je me moque de cela et ne veux point mourir si jeune.
GEORGE DAKDIN.
C'est ainsi que vous satisfaites aux engagements de la foi que vou« m'avez domiée publiquement?
ANGÉLIQUE
Moi? je ne vous Tai point donnée de bon cœur, et vous me l'avez arrachée. M'avez-vous, avant le mariage, demandé mon consentement et si je voulois bien de vous? Vous navez consulté, pour cela, que mon père et ma mère; ce sont eux, proprement, qui vous ont épousé, et c'est pourquoi vous ferez bien de vous plaindre toujours à eux des torts que Ton pourra vous faire. Pour moi, qui ne vous ai point dit de vous marier avec moi et que vous avez prise sans consulter mes sentiments, je prétends n'être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés; et je veux jouir, s'il vous plaît, de quelque nombre de beaux jours que m'offre la jeimesse, prendre les douces libertés que l'âge me permet, voir un peu le beau monde et goûter le plaisir de m'ouïr dire des douceurs. Préparez-vous-y, pour votre punition; et rendez grâces au ciel de ce que je ne suis pas capable de quelque chose de pis*.
GEORGE DANDIN
Oui! c'est ainsi que vous le prenez? Je suis votre mari, et je vous dis que je n'entends pas cela.
ANGÉLIQUE
Moi, je suis votre femme, et je vous dis que je l'entends.
GEORGE DANDIN, à part.
Il me prend des tentations d'accommoder tout son visage àj^ûo^piûtÊ et le mettre en état de ne plaire de sa vie aux diseurs de fleurettes. Ah! Allons, George Dandin; je ne pourrois me retenir, et il vaut mieux quitter la place