SCÈNE m. — HARPAGON, CLÉANTE
HAJtPA.G0N.
C'est loi qui le veux ruiner par des emprunts si condamnables?
CLÉANTE
C'est vous qui cherchez à vous enrichir par des usures si criminelles?
HAr.PAGON.
Oses- lu bien, après cela, paroltre devant moi?
CLÉAiNTE.
Osez-vous bien, après cela, vous présenter aux yeux du monde?
lIAIiPAGON. p,.j,,',; J,.,-)...A ^A'^/^J-P
N'as-tu point de honte, dis-moi, d'en vemr à ces débauches-là, de te précipiter dans des dépenses efii'oyables, et de faire une honteuse dissipation du bien que tes parents t'ont amassé avec tant de sueurs?
CLÉANTE
Ne rougissez-vous point de déshonorer votre condition par les commerces que vous faites; de sacrifier gloire et réputation au désir in- j saliable d'entasser écu sur écu, et de rendiérir, en fait d'intérêt, sur 0^ les plus infâmes subtilités qu'aient jamais inventées les plus célèbres usuriers?
HARPAGON
Ole-loi de mes yeux, coquin ! ôle-loi de mes yeux !
CLÉANTE
Qui est plus criminel, à votre avis, ou celui qui achète un argent dont il a besoin, ou bien celui qui vole un argent dont il n'a que f^ire? ^ j^j
ACTK II, JrCÈNE Y. 437
nAKPAGON.
Relire-toi, te dis-je, et ne m'échaulTe pas les oreilles ! (Seul.) Je ne suis pas fâché de cette aventure; et ce m'est un avis de tenir l'œil plus que jamais sur toutes ses actions.
SCÈiNE IV. — FROSLNE, HARPAGON.
FROSIXE.
Monsieur...
HARPAGON
Attendez un moment; je vais revenir vous parler. (A pan.) 11 est à^^i propos que je fasse un petit tour à mon argent *.
SCÈ^'E V. ~ LA FLÈCHE, FROSIISE.
LA FLÈCHE, sans voir Frosine.
j^^L^a\'^tureesLloi£t à fait drôle! U faut bien qu'il ait quelque part 'im ariipTfe'^nagSnSî^e Jiar^ ; car nous n'avons rien reconnu au mémoire que nous aiions.
FROSINE
Eh! c'est toi, mon pauvre la Flèche ! D'où vient cette rencontre'
LA FLÈCHE
Ah! ah! c'est toi, Frosine! Que viens-tu faire ici?
FROSIiSE.
Ce que je fais partout ailleurs : m' entremettre d'affaires, me rendre serviable aux gens, et profiter, du mieux qu'il m'est possible, des petits talents que je puis avoir. Tu sais que, dans ce monde, il faut vivre d'adresse, et quaux personnes comme moi. le ciel n'a donné d'autres r^tes que l'intrigue et que linduslrie. -^ "^-^-wr-'-»
LA FLÈCHE
As-tu quelque négoce avec le patron du logis "^
PKOSINE.
Oui. Je traite pour lui quelque petite affaire, dont j'espère une récompense.
LA FLÈCHE
De lui? Ah l ma foi, tu seras bien fine, si tu en tires quelque chose.* et je te donne avis que Targent céans est fort cher.
FUOSIKE.
lî y a Je certains services qui touchent merveilleusement.
LA FLÈCHE
Je suis votre valet ; et tu ne connois pas encore le seigneur Harpagon. Le seigneur Harpagon est, de tous les himiains, Thumain le moins
* Dans Plaute, Euclion va, comme Harpagon, faire des visites continuelles à son argent.
488 L'AVARE. . w
humain, le mortel de tous les mortels le plus dur et le plus serré. Il n'est point de service qui pousse sa reconnoissance jusqu'à lui faire ouvrir les mains. De la loi^afi^K''^de Testime, de la bienveillance en paroles, et de Tamitié, tant qu'il vous plaira ; mais de l'argent, point d'affaires. Il n'est rien de plus sec et de plus aride que ses bonnes grâces et ses caresses; et donner est un mot pour qui il a tant d'aversion, qu'il ne dit jamais Je vous donne, mais Je vous prête le bonjour
FROSINE
Mon Dieu! je sais l'art de traire les hommes*; j'ai le secret de ra'ouvrir leur tendresse, de chatouiller leurs cœurs, de trouver les endroits par où ils sont sensibles.
LA FLÈCHE
Bagatelles ici. Je te défie d'attendrir, du côté de l'argent, l'homme dont il est question. Il est Turc là-dessus, mais d'une turquerie à désespérer tout le monde ; et l'on pourroit ci;:ever, qu'il n'en branleroit ^ pas. En un mot, il aime l'argent plus que réputation , qu'honneur et que vertu ; et la vue d'un demandeur lui donne des convulsions ; c'est le frapper par son endroit mortel, c'est lui percer le cœur, c'est lui arracher les entrailles; et si... Mais il revient : je me retire.