‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 448 sur 489 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

FROSIXE.

Comment! vous êtes à ravir, et- voire figure est à peindre. Tourncz- ^ous un peu, s'il vous plaît. Il ne se peut pas mieux. Que je vous voie marcher. Voilà un corps taillé, libre, et dégagé comme il faut, et qui ne marque aucune incommodité. .il^^^^^

HARPAGON. n

Je n'en ai pas de grandes, Dieu merci. Il n'y a que ma fluxion quî'f ' ' ^ me prend de temps en temps. -

FROSINE

Cela n'est rien. Votre fluxion ne vous sied point mal, et vous avez grâce à tousser.,o^^^jv.

HARPAGON

Dis-moi un peu, Mariane ne m'a-t-elle point encore vu? N'a-t-elle point pris garde à moi en passant?

FROSINE

Non; mais nous nous sommes fort entretenues de vous. Je lui ai fait un portrait de votre personne, et je n'ai pas manqué de lui vanter YOtre mérite et l'avantage que ce lui seroit d'avoir un mari comme vous.

HARPAGON

Tu as bien fait, et je t'en remercie.

FROSINE

J'aurois, monsieur, une petite prière à vous faire. J'ai un procès que je suis sur le point de perdre, faute d'un peu d'argent; (Harpagon prend un air sérieux.) et VOUS pourriez facilement me procurer le gain de ce procès, si vous aviez quelque bonté pour moi. Vous ne sauriez

croire le plaisir qu'elle aura de vous voir. (Harpagon reprend un air gai.)

Ah ! que vous lui plairez, et que votre fraise à l'antique fera sur son esprit un effet admirable ! Wais surtout elle sera charmée de voire haut-de-chausses attaché au pourpoint avec des aiguillettes : c'est pour cJU.vîi'-* la rendre folle de vous; et un amant aiguilleté sera pour elle un ragoût merveilleux.

HARPAGON

Certes, tu me ravis de me dire cela.

FROSINE

En vérité, monsieur, ce procès m'est d'une conséquence tout à f[iit grande. (Harpagon reprend son air sérieux.) Je suis ruinée si je le perds; et quelque petite assistance me rétabliroit mes aflaires. Je voudrois que ous eussiez vu le ravissement où elle étoit à m'entendre parler de . vous (Hjirpagon reprend son air gai.) La joie éclatoit dans ses youx au récit de vos qualités, et je l'ai mise enfin dans une impatience extrême de Yoir ce mariage enlièrement conclu.

HARPAGON

Tu m'as l'ait grand plaisir, Frosine, et je Ven ai, je te Tavoue, toutes les obligations du monde,

FIIOSÏNE.

Je vous prie, monsieur, de me donner le petit secours que je vous

demande. (Harpagon reprend encore un air sérieux.) Cela me remettra SUT

pied, et je vous en serai éternellement obligée.

HARPAGON

Adieu. Je vais achever mes dépêches. WXlNIi

FUCSINE.

Je vous assure, monsieur, que vous ne sauriez jamais me soulager dans un plus grand besoin.

HARPAGON

Je mettrai ordre que mon carrosse soit tout prêt pour vous mener à la foire.

FROSINE

Je ne vous import4merois pas si je ne m'y voyois forcée par la nécessité.

HARPAGON

Et j'aurai soin qu on soupe de bonne heure, pour ne vous point faire malades.

FROSINE

Ne me refusez pas la grâce dont je vous sollicite. Vous ne sauriez croire, monsieur, le plaisir que...

HARPAGON

Je m'en vais. Voilà qu'on m'appelle. Jusqu'à tantôt. FROSINE, seule.

Que la fièvre te serre, chien de vilain, à tous les diables I Le ladre a été ferme à toutes mes attaques ; mais il ne me faut pas pourtant quitter la négociation ; et j'ai l'iiutre côté, en tout cas, d'où je suis assurée de tirer bonne récompense *

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