‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 48 sur 489 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

vous faites, vous ; et, si vous ne croyez rien, vous ivez vos raisons ; mais il y a certains petits impertinents dans le monde, qui sont libertins sans savoir pourquoi, qui font les esprits forts, parce qu'ils croient que cela leur sied bien ; et, si j'avois un maître comme cela, je lui dirois fort nettement, le regardant en face : Osez-vous bien ainsi vous jouer au ciel, et ne tremblez-vous point de vous moquer comme vous faites des choses les plus saintes? C'est bien à vous, petit ver de terre, petit myrmidon que vous êtes (je parle au maître que j'ai dit), c'est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner en raillerie ce que tous les hommes révèrent! Pensez-vous que, pour être de qualité, pour avoir une perruque blonde et bien frisée, des plumes à votre chapeau, un habit bien doré, et des rubans couleur de feu (ce n'est pas à vous que je parle, c'est à l'autre); pensez-vous, dis-je, que vous en soyez plus habile homme, que tout vous soit permis, et qu'on n'ose vous dire vos vérités? Apprenez de moi, qui suis votre valet, que le ciel punit tôt ou tard les impies, qu'une méchante vie amène une méchante mort, et que...

D03« JUAN

Paix!

SGANAI'.ELLE.

De quoi est-il question?

DON JUAN

Il est question de te dire qu'une beauté me tient au cœur, et qu'entraîné par ses appas je l'ai suivie jusqu'en cette ville.

SGANAI'.ELLE.

Et n'y craignez- vous rien, monsieur, de la mort de ce commandeur que vous tuâtes il y a six mois?

DON JUAN

Et pourquoi craindre? ne Tai-je pas bien tué?

SGANARELLE

Fort bien, le mieux du monde, et il auroit tort de se plaindre.

DON JDAN.

J'ai eu ma grâce de cette affaire.

SGANARELLE

Oui ; mais cette grâce n'éteint pas peut-être le ressentiment des parents et des amis; et...

DON JUAN

Ah ! n'allons point songer au mal qui nous peut arriver, et songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir. La personne dont je te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été conduite ici par celui même qu'elle y vient épouser, et le hasard me fit voir ce couple d'amants trois ou quatre jours avant leur voyage. Jamais je n'ai vu deux personnes être si contents l'un de l'autre, et faire éclater plus d'amour. La tendresse visible de leurs mutu^,lles ardeurs

me donna de rémotion ; j'en fus frappé au cœur, et mon amour commença par la jalousie. Oui, je ne pus souffrir d'abord de les voir si bien ensemble; le dépit alluma mes désirs, el je me figurai un plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence et rompre cet attachement, dont la délicatesse de mon cœur se tenoit olTcnsée ; mais jusques ici tous mes efforts ont été inutiles, et j'ai recours au dernier remède. Cet époux prétendu doit aujourd'hui régaler sa maîtresse d'une promenade sur mer. Sans t'en avoir rien dit, toutes choses sont préparées pour satisfaire mon amour, et j'ai une petite barque et des gens, avec quoi fort facilement je prétends enlever la belle.

SGANAllELLE.

Ah! monsieur...

DON JUAN

Hein?

SGANARELLE

C'est fort bien fait à vous, et vous le prenez comme il faut. 11 n'est rien tel en ce monde que de se contenter.

DON JUAN

Prépare-toi donc à venir avec moi, et prends soin toi-même d'apporter toutes mes armes, afin que... (Apercevant done Eivire.) Ah! rencontre fâcheuse! Traître! tu ne m'avois pas dit qu'elle étoit ici ellemême.

SGANARELLE

Monsieur, vous ne me l'avez pas demandé.

DON jUAN.

Est-elle folle de n'avoir pas changé d'habit, et de venir en ce lieu-ci avec son équipage de campagne '

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