‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 485 sur 489 · ACTE V, SCENE Y · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE Y

du pouvoir paternel. Ne vous laissez point entraîner aux premiers mouvements de voti'e passion, et donnez-vous le temps de considérer ce que vous voulez faire. Prenez la peine de mieux voir celui dont vous vous offensez ^ Il est tout autre que vos yeux ne le jugent; et vous trouverez moins étrange que je me sois donnée à lui, lorsque vous saurez que, sans lui, vous ne m'auriez plus il y a longtemps. Oui, mon père, c'est celui qui me sauva de ce grand péril que vous savez que je courus dans Teau, et à gui vous devez la vie de cette même liile dont...

HARPAGON

Tout cela n'est rien ; et il valoit bien mieux pour moi qu'il te laissât noyer que de faire ce qu'il a fait.

ÉLISE

Mon père, je vous conjure, par Tamour paternel, de me...

HARPAGON

Non, non; je ne veux rien entendre, et il faut que la justice fasse son devoir.

MAÎTRE JACQUES, à part.

Tu me payeras mes coups de bâton !

FROSINE, à pari.

Voici un étrange embarras I

SCÈNE Y. — ANSELME, HARPAGON, ÉLISE, MARIANE, FROSINE, VALÈRE, UN COMMISSAIRE, MAITRE JACQUES.

ANSELME

Qu'est-ce, seigneur Harpagon? je vous vois tout ému.

HARPAGON

Ah ! seigneur Anselme, vous me voyez le plus infortuné de tous les hommes ; et voici bien du trouble et du désordre au rDntrat que vous venez faire ! On m'assassine dans le bien, on m'assassine dans l'honneur; et voilà un traître, un scélérat, qui a violé tous les droits les plus saints, qui s'est coulé chez moi sous le titre de domestique, pour me dérober mon argent et pour me suborner ma fille!

VALÈRE

Qui songe à votre argent, dont vous me faites un galimatias? =>«./:

HARPAGON

Oui, ils se sont donné l'un à l'autre une promesse de mariage. Cet affront vous regarde, seigneur Anselme; et c'est vous qui devez vous rendre partie contre lui et faire toutes les poursuites de la justice à vos dépens, pour vous venger de son insolence ^.

* C'est-à-dire : celui dont vous avez à vous plaindre. L'exemple de Molière «'a pu faire accepter en ce sens le mot offenser. (A. M.)

* Var. El faire toutes les poursuites de la justice pour vous venger de son insolence.

ANSELME

Ce n'est pas mon dessein de me faire épouser par force et de rien prétendre à un cœur qui se seroil donné ; mais pour vos intérêts, je suis prêt à les embrasser ainsi que les miens propres.

Voilà monsieur qui est un honnête commissaire, qui n'oubliera rien, à ce qu'il m'a dit, de la fonction de son office. (Au commissaire, montrant Vaièrc.) Chargez-le comme il fa^it, monsieur, et rendez les choses bien criminelles.

VALÈHE.

Je ne vois pas quel crime on me peut faire de la passion que j'ai pour votre fille, et le supplice où vous croyez que je puisse être condamné pour notre engagement, lorsqu'on saura ce que je suis...

HARPAGON

Je me moque de tousces contes; et le monde aujourd'hui n'est plein que de ces larrons de noblesse, que de ces imposteurs qui tirent avantage de leur obscurité, et s'habillent insolemment du premier nom illustre qu'ils s'avisent de prendre.

VALÈUE.

Sachez que j'ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi, et que tout Naples peut rendre témoignage de ma naissance.

ANSELME

Tout beau ! prenez garde à ce que vous allez dire. Vous risquez ici plus que vous ne pensez ; vous parlez devant un homme à qui tout Naples est connu, et qui peut aisément voir clair dans l'histoire que vous ferez.

VALÈRE, en menant fièrement son chapeau.

Je ne suis point homme à rien craindre; et, si Naples vous est connu, vous savez qui éloit don Thomas d'Alburci.

ANSELME

Sans doute, je le sais; et peu de gens l'ont connu mieux que moi.

HARPAGON

Je ne me soucie ni de don Thomas ni de don Martin. (Voyant deux chandelles allumées, il en souffle une.)

ANSELME

De grâce, laissez-le parler ; nous verrons ce qu'il en veut dire.

VALÈRE

Je veux dire que c'est lui qui m'a donné le jour.

ANSELME

Lui?

VALÈRE

Oui.

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