ACTE 111, SCÈNE IV
DON, CARLOS
La chose en est aux teFrnes de n'en plus faire de secret ; et, lorsque 1 injure a une fois éclaté, notre lionneiu* ne va point à vouloir cacher notre honte, mais à faire éclater notre vengeance, et à publier même le dessein que nous en avons. Ainsi, monsieur, je ne feindrai point de vous dire que Toffense que nous cherchons à venger est une sœur séduite et enlevée dun couvent, et que Tauteui' de celle offense est un don Juan Tenorio, fils de don Louis Tenorio. Nous le cherclions depuis quelques jours, et nous l'avons suivi ce matin sur le rapport d'un valet qui nous a dit qu'il sortoit à cheval, accompagné de quatre ou cinq, et quMl avoit pris le long de cette côte; mais tous nos soins ont été inutiles, et nous n'avons pu découvrir ce qu'il est devenu.
Le coHDoissez-vous, monsieur, ce don Juan tiont voua parlez?
DON CAKLOS.
Non, quant à moi. Je ne l'ai jamais vu, et je l'ai seulement ouï dépeindre à mon frère ; mais la renommée n'en dit pas force bien, et c'est un homme dont la vie...
DON JUAN
Arrêtez, monsieur, s'il vous plaît. Il est un peu de mes amis, et ce seroit à moi une espèce de lâcheté que d'en ouïr dire du mal.
DON CARLOS
Pour l'amour de vous, monsieur, je n'en dirai rien du tout, et c'est bien la moindre chose que je vous doive, après mavoir sauvé la vie, que de me taire devant vous d'une personne que vous connoissez, lorsque je ne puis en parler sans en dire du mal ; mais, quelque ami que vous lui soyez, j'ose espérer que vous n'approuverez pas son action, et ne trouverez pas étrange que nous cherchions d'en prendre la vengeance,
DON JUAN
Au contraire V jiC vous y veux servir, et vous épargner des soins inutiles. Je suis ami de don Juan, je ne puis pas m'en empêcher; mais il n'est pas raisonnable qu'il offense impunément des gentilshommes, €t je m'engage à vous faire l'aire raison par lui.
DON CARLOS
£t quelle raison peut-on faire à ces sortes d'injures?
DON JUAN
Toute celle que votre honneur peut souhaiter ; et, sans vous donner la peine de chercher don Juan davantage, je m'oblige de le faire trouver au lieu que vous voudrez, et quand il vous plaira.
DON CAJILOS.
Cet espoir est bien doux, monsieur, à des cœurs offensés ; mais, après ce que je vous dois, ce me seroit une trop sensible douleur que vous fussiez de la partie.
DON JUAN
Je suis si attaché à don Juan, qu'il ne sauroit se battre que je ne me batte aussi ; mais enfin j'en réponds comme de moi-même, et vous n'avez qu'à dire quand vous voulez qu'il paroisse et vous donne salis faction.
DON CARLOS
Que ma destinée est cruelle ! Faut-il que je vous doive la vie et que don Juan soit de \os amis !