‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 114 sur 329 · DE LOYS JAGOYNEAU, JADIS RECEVEUR DE SOISSONS · texte numérisé non relu

DE LOYS JAGOYNEAU, JADIS RECEVEUR DE SOISSONS

CjY gist Loys Jagoyneau surnommé , Trésorier fut en charge renomme :

Et de pecune onc ne thésaurisa , Ains de vertu que plus qu'argent prisa.

Je ne sçay pas de quel'race estoit il :

Mais, je sçay bien que son cueur fut gentil,

Hardy , courtois . de tresnoble nature ,

Et trop plus grand que du corps la stature.

Il est certain que Chasteaudun son estre

Soubz liberal'planette le feit naistre ,

Receveur fut de Soissons : et de faict

France le feit , l'Italie l'a deffaict :

Italiens en ont le corps icy ,

Et les Françoys le dueil et le soucy :

Avec lequel dessus luy ont posé

Ce dur tumbeau de leurs pleurs arrosé.

Or de Tavoir si tost mort estendu , Mort le trompa : car tout bien entendu , Son vif esprit à grans biens pretendoit : Monté soit il plus hault qu'il ne tendoit.

A MADAME DE CHASTEAUBRIANT. *

oOUBZ ce tumbeau gist Françoyse de Foix, De qui tout bien tout chascun souloit dire, Et le disant , onc une seule voix Ne s'advança d'y vouloir contredire.

* Françoise de Foix , fille de Phébus de Foix , et sœur de Lescure et de Lautrec , e'pouse de Jean de Laval , sieur de Châteaubriant. Sa beauté et son esprit captivèrent François I*"" , dont le cœur e'tait toujours disjiose' à aimer. Le monarque , du fond de sa prison , composa des vers en son honneur , et lui e'crivit des lettres qui existent encore. Ce n'est qu'en 1626, à son retour d'Espagne, que les beaux yeux de la duchesse d'Etampes forcèrent François 1er à devenir infidèle à sa maîtresse. En i537 , le comte de Châteaubriant, qui se souvenait toujours de l'affront qu'il avait reçu du roi, jeta sa femme dans un cachot, et la vit périr, avec une joie barbare, au milieu des tourmens.

Brantôme rapporte un trait qui montre l'esprit de la comtesse de Châteaubriant. François Jer lui redemanda sottement des bijoux ornés de ses chiffres, qu'il lui avait donnés lorsqu'elle était sa maîtresse • celle-ci feignit d'être malade , et demanda trois jours de délai. Pendant ce tems , elle fit fondre les bijoux , et les renvoj'^a en lingots au roi , qui ne put s'empêcher de dire : Elle a montré plus de courage et de générosité que je n'eusse pensé provenir d'une femme.

De grand'beauté , de grâce qui attire ,

De bon sçavoir , d'intelligence prompte ,

De biens, d'honneurs, et mieulx que ne racompte,

Dieu éternel richement Testoffà.

O viateur , pour t'abreger le compte,

Cy gist un rien, là ou tout triumpha.

DE MONSIEUR LE GENERAL PREUD'hOMME. »

Cy dessoubz prend son dernier somme

Le prudent Guillaume Preud'homme ,

De Normandie gênerai ,

A qui Dieu fut tant libéral ,

Qu'il luy donna user sa vie ,

Sans paour , sans blasme , sans envie ,

Et mourut (voyez quel bonheur)

Plein d'ans , plein de biens , plein d'honneur.

* Voyez la ne complainte.

Page 1