‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 175 sur 329 · MAROT A SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

MAROT A SES DISCIPLES

liiNFANS, oyez une leçon:

Nostre langue a ceste façon Que le terme qui va devant, Vouluntiers régit le suyvant.

Les vieux exemples je suyvray Pour le mieulx : car à dire vray , La chanson fut bien ordonnée , Qui dit : M amour vous ay donnée.

Et du bateau est estonné ,

^ Quand le dernier mot du vers est re'pete' au commencement du vers suivant , cette rime en écho est appelée fraternisée. Ce sont pourtant ces niaiseries qui faisaient autrefois jeter des cris d'admiration.

Qui dit : M amour vous ay donné. ' Voila la force que possède Le femenin , quand il précède.

Or prou\ eray par bons tesmoings ,

Que tous pluriers n'en font pas moins :

Il fault dire en termes parfaictz,

Dieu en ce monde nous afaictz :

Fault dire en parolles parfaictes ,

Dieu en ce monde les a f aides:

Et ne fault point dire en effect ,

Dieu en ce monde les afalct:

]Se nous a faut pareillement ,

Mais nous afalciz^ tout rondement.

L'Italien dont la faconde

Passe les vulgaires du monde,

Son langage a ainsi basty

En disant , Dio noi afatii,

Parquoy, quand me suis advisë, Ou mes juges ont mal visé, Ou en cela n'ont grand'science , Ou ilz ont dure conscience.

''■ On est étonné de voirMarot résoudre une question delà grammaire, qui a été si long-tems agitée, et dont beaucoup d'écrivains de son siècle n'avaient pas même l'idée.

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