‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 193 sur 329 · DE HELEINE DE TOURNON · texte numérisé non relu

DE HELEINE DE TOURNON

Au moys de may que Ton saignoit la belle ,

Je vins ainsi son médecin reprendre :

Luy tires tu sa chaleur naturelle ?

Trop froide elle est , bien me l'a faict apprendre :

Tais toy, dist il, content je te voys rendre :

J'oste le sang qui la fait rigoureuse ,

Pour prendre humeur en amours vigoureuse ,

Selon ce moys qui chasse tout esmoy :

pas de raconter cette scandaleuse histoire. « En ve'rite', dit à ce » sujet le cynique L. Dufresnoy, cela e'toit plus édifiant que ce 3) qui s'est passé quelquefois depuis. Au moins les e'véques d'alors » se couvroient-ils du voile du sacrement. Oh ! que ce seroit une » belle partie de l'histoire eccle'siastique , et un recueil aussi ins- J> tructif que curieux, que celui qu'on feroit des officiaux , grands- 3> vicaires, archevêques, évêques, cardinaux qui se sont marie's , » sans abandonner néanmoins ni la religion , ni leurs béne'- 3) fices !»

Ce qui fut faict, et devint amoureuse, Mais le pis est que ce n'est pas de moy. ^

EPIGRAMME QU'iL PERDIT CONTRE HELEINE DE TOURNON.

JroUR un dizain que gaignastes mardy, Cela n'est rien , je ne m'en fais que rire : Et fuz tresaise alors que le perdy , Car aussi bien je \ oui ois vous escrire : Et ne sçavois bonnement que vous dire , Qui est assez pour se taire tout coy.

Or payez vous, je vous baille de quoy, D'aussi bon cueur que si je le donnoye: Que pleust à Dieu que ceulx à qui je doy, Fussent contens de semblable monnoye. '

^ Boileau n'a pas dédaigné de remanier la pense'e de cette e'pigramme :

Tout me fait peine , Et depuis un jour

Je crois , Clinicne , Que j'ai de l'amour.

Cette nouvelle Vous met en courroux ; < Tout beau , cruelle , Ce n'est pas pour vous.

^ Marguerite se chargea de re'pondre pour Hélène de Tournon à cette spirituelle épigramme :

Si ceulx à qui debve? , comme vous dictes,

Vous congnoissoient comme je vous congnois ,

Quitte seriez des debtes que vous feistes

Le temps passe tant grandes que petites ,

En leur payant un dizain toutesfoys

Tel que le voslre , * qui vault mieulx mille foys

* Cette faute de Tertificalion te reptoduit souvent dans le* poétie» de Marguerite.

Page 1