‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 238 sur 329 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

De faire un tour icy près seulement, Je te rendray bon conte de ma vie, Depuis le soir qu'euz à toy parlement : Ce soir fut court, mais je sçay seurement Que tu en peulx donner un par pitié , Qui dureroit dix foys plus longuement , Et sembleroit plus court de la moytié. *

XXXYI.

DU PARTEMENT d'ANNE. ^

Ou allez vous, Anne? que je le sache, *^ Et m'enseignez avant que de partir, Comme feray , affm que mon œil cache

fut adressée à Marguerite. Il est vrai que le titre de Dame de Lyon ne sert pas à nous le faire connaître; mais on se rappelle que Marot faisait tous ses efforts pour laisser ignorer son amante.

* Cette dame de Lyon, ou plutôt la reine de Navarre, répondit à cette jolie épigramme :

Lettre saluez Lumblement De Marot le seul fils Clément.

Quand tu vouldras , le plaisir et Tenvie Dont me requiers , sera bien tost venue, Et de plaisir seray toute ravie Lors me voyant de toy entretenue :

Le souvenir de ta grâce congneue Du soir auquel j'euz à toy parlement , Souvent me faict par amour continue Avoir désir de recommencement.

^ Marguerite accompagnait la re'gente Louise de Savoie , qui se rendait à Cambray où l'attendait Marguerite d'Autriche, pour conclure un traite de paix , et mettre fin aux longues querelles de Charles-Quint et de François I®»". Voyez le rondeau xin du livre I.

43o ÉPIGRAMMES.

Le dur regret du cueur triste , et martlr. Je sçay comment, point ne fault m'advertir : Vous le prendrez ce cueur, je le vous livre, L'emporterez pour le rendre délivre Du dneil qu'auroit loing de vous en ce lieu :

iEt pour autant qu'on ne peult sans cueur vivre,, ^ Me laisserez le vostre : et puis adieu. '

* Le poète affectionne beaucoup cet échange de cœur ; il en parle encore dans le rondeau vu du liv. II. Cependant cet et puis adieu, qui finit si heureusement cette épigrammc , fait pardonner aux fadeurs qu'admettait le mauvais goût du tems. Voici un rondel sur un départ, où Ton trouve une véritable sensibilité' ;

Le corps s'en va , mais le cueur vous demeure , Trescliiere dame , adieu jusqu'au retour. Trop me sera loingtaine ma demeure, Le corps s'en va , mais le cueur vous demeure. Mais doulx penser que j'auray à toute heure Adoucira grand'part ma grand'doulour , Trescliiere damte , adieu jusqu'au retour , Le corps s'en va , mais le cueur vous demeure.

Froissard.

Charles' d'Orle'ans , ce poète charmant malheureusement trop peu connu , à qui Saint-Gelais doit ses plus jolies poésies , a sans doute fourni à rdarot l'idée de cette épigramme,

Ainsy, Amour , me mist en son servaige , Mais pour seurté retint mon cueur en gaige. Pourquoy luy dy que vivre ne pourroye En cest estât , s'ung n'aultre cueur n'havoye. Il respondit : Espoir , mon médecin , Te gardera de mort soir et matin , Jusques à tant qu'hauras en lieu du tien Le cueur d'une , qui te tiendra pour sien.

Plus loin , il demande le cœur de sa maîtresse :

Je ne vous ause demander Que vostre cueur vous me donnez :

Mais ce droict me voulez guarder , Puisque le cueur de moy havez , Le vostre fault que me laissiez :

Car sans cueur vivre ne pourroye.

Ces vers sont du commencement du XV« siècle.

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