LIVRE ni
Semblant feroîs de vous innocenter ; ' Seroit ce pas honneste couverture ?
d'anne qui luy jecta de la neige. »
Anne par jeu me jecta de la neige, * Que je cuydois froide certainement :
Mais c'estoit feu, l'expérience en ay je, Car embrasé je fuz soudainement.
Puis que le feu loge secrètement Dedans la neige , ou trouveray je place Pour n'ardre point? Anne, ta seule grâce Estaindre peult le feu , que je sens bien, Non point par eau, par neige, ne par glace, Mais par sentir un feu pareil au mien.
' Nous pensons avec L. Dufresnoy que cette e'pigramme donna de nouvelles armes à la me'disance qui avait de'jà fixé l'attention de la cour sur la conduite légère de la reine de Navarre. En effet , cette princesse , en s'abandonnant ouvertement à une familiarité' si peu conforme à son rang, se pre'parait elle-même d'amers chagrins. Elle était femme , et ne savait pas cacher ses sentimens î Mais nous devons plutôt accuser son amant , qui se vantait hautement de son bonheur. Il mérita bien qu'on lui défendit d'approcher de sa maîtresse (ces vers furent peut-être cause de cçtte défense); il aurait mérité que sa mattresse le lui défendît aussi.
SUR LA DEVISE Non ce que je pense.
1 \NT est l'amour de vous en moy empraincte, De voz désirs je suis tant désireux, Et de desplaire au cueur ay telle craincte , Que plus à moy ne suis, dont suis heureux : A d'autre sainct ne s'adressent mes vœux , Tousjours voulant (de paour de faire offense) Ce que voulez et non ce que je veulx : Ce que pensez et non ce que je pense.