DE SOY MESME
Marot voycy (si tu le veulx sçavoir) Qui faict à l'homme heureuse vie avoir, Successions, non biens acquiz à peine,
* Ce dernier vers, ajouté seulement pour la rime, affaiblit beaucoup la pensée de l'e'pigramme. Ce serait ici le cas de parler de tous les inconvéniens qui naissent de l'emploi de la rime dans notre poe'sie , mais nous n'accusons pas la rime des fautes du poète.
Feu en tout temps, maison plaisante et saine, Jamais procès , les membres bien dispos, Et au dedans un esprit à repos :
Contraire a nul , n'avoir aucuns contraires , Peu se mesler des publiques affaires, Sage simplesse ^ amys à soy pareilz , Table ordinaire , et sans grans appareilz , Facilement avec toutes gens vivre , '
Nuict sans nul soing, n'estre pas pourtant yvre, Femme joyeuse, et chaste neantmoins.
Dormir qui faict que la nuict dure moins : Plus hault qu'on n'est ne vouloir point attaindre, Ne désirer la mort, ny ne la craindre. * Voyla Marot, si tu le veulx sçavoir, Qui faict à l'homme heureuse vie avoir.
* Maynard a dit aussi , dans la célèbre inscription qu'il plaça à la porte de sa maison de campagne :
C'est ici que j'attends la mort , Saos la désirer ni la craindre.