DE LA NAISSANCE DE FEU MONSEIGNEUR LE DAULPIIIN FRANÇOYS
V^UAND Neptmius, puissant dieu de la mei% Cessa d'armer ^ carraques , et galees , Les Gallicans bien le deurent aymer, Et reclamer ses grans undes salées , Car il voulut en ses basses vallées Rendre la mer de la Gaule haultaine Calme ^ et paisible, ainsi qu'une fontaine: Et pour oster mathelotz de souffrance, Faire nager en ceste eau claire et saine Le beau daulphin tant désire en France.
Nymphes des boys pour son nom sublimer.
Et estimer , sur la mer sont allées :
Si furent lors , comme on peult présumer ,
Sans escumer les vagues ravallees :
Car les fortz ventz eurent gorges hallees ,
Et ne souffloient, sinon à doulce alaine,
ï Nous avons déjà eu l'occasion de remarquer ces frivolités auxquelles on fesait descendre la poésie. On a imaginé de donner à ce caprice puérile de Marot , le nom inintelligible de rime hatelée.
* François le»^ venait de conclure un traité de paix avec Charles d'Autriche, qui succédait à Ferdinand, roi d'Espagne. Combien de fois Charles et le roi de France se jurèrent-ils une alliance inviolable I
BAI.LADES.
Dont mariniers vogoient en la mer plaine Sans craindre en rien des oraiges l'oultrance, Bien prevoyans la paix , que leur ameine Le beau daulphin tant désire en France.
Monstres marins veit on lors assommer, Et consommer tempestes devallees, Si que les nefz sans crainte d'abismer Nageoient en mer à voilles avallees.
Les grans poissons faisoient saultz et huilées , Et les petis, d'une voix fort seraine, Doucettement avecques la seraine , Chantoient' au jour de sa noble naissance, Bien soit venu en la mer souveraine Le beau daulphin tant désiré en France.
Prince marin fuyant œuvre vilaine , ^
Je te supply garde que la balaine
Au celerin plus ne face nuysance ,
Afin qu'on ayme en ceste mer mondaine
Le beau daulphin tant désire en France.
' Marot fait chanter ici les poissons en chœur; Sainl-Amand, plus tard , les mit aux fenêtres. Cette ballade était un sacrifice au mauvais goût du siècle.
lO BALLADES.
A MADAMK d'ALENÇON POUR ESTRE COUCHÉ EN SON ESTAT. *
■TRINCESSE au^cueur noble et rassis, La fortune, que j'ay suivie, Par force m'a souvent assis Au froid giron de triste vie :
De m'y seoir encor me convie , Mais je respons (comme fasché) D'estre assis je n'ay plus d'envie : —^11 n'est que d'estre bien couche'.
Je ne suis point des excessifz Importuns, car j'ay la pépie:
Dont suis au vent comme un châssis , Et ,debout ainsi qu'une espie :
Mais s'une fois en la copie De vostre estât je suis merché, Je criray plus hault qu'une pie , Il n'est que d'estre bien couché.
L'un soustient contre cinq ou six Qu'estre accouldë , c'est musardie :
'^ Le génie de Cle'ment Marot n'avait pas échappe' à François 1er, Ce monarque, ami des lettres, ne tarda pas à encourager le jeune poète, et le fit entrer, en qualité de valet-de-chambre , dans la maison de sa sœur, Marguerite d'Alençon. C'est à ce sujet que cette ballade a été composée.
LWtre, qu'il n'est que d'estre assis Pour bien tenir chère hardie :
L'autre dit que c'est mélodie D'un homme debout bien fiche :
Mais quelque chose que l'on die, Il n'est que d'estre bien couche'.
Princesse de vertu remplie : ^
Dire puis (comme j'ay touche) Si promesse m'est accomplie , Il n'est que d'estre bien couche.
DU TRIUMPHE d'ARDRES ET GUIGNES, PAR LES ROYS DE FRANCE ET D'ANGLETERRE. *
Au camp des roys, les plus beaulx de ce monde, Sont arrivez trois riches estandars :
' Charles d'Autriche, e'ieve' à l'empire en iSig, n'attendait que l'instant favorable pour attaquer le roi de France. François 1er craignant de voir l'Angleterre se ranger contre lui dans la guerre qui allait se déclarer, résolut de renouveler, dans une entrevue , le traité qu'il avait conclu un an auparavant avec Heni'i VIII. C'est entre Ardres et Guignes que les deux rois se rencontrèrent, accompagnés de leurs épouses et d'une suite nombreuse et brillante. Ce lieu, où on avait construit en bois des palais magnifiques, ornés de dorures et de riches tapisseries , fut appelé le Camp du Drap d'or. Les courtisans des deux cours étalèrent un tel luxe , que plusieurs y dit un
Amour tient Puii de couleur blanche et munde , Triumphe Tautre avecques ses souldars Vivement painct de couleur celestine:
Beauté après en sa main noble et digne Porte le tiers tainct de vermeille sorte : Ainsi chascun richement se comporte, Et en tel ordre, et pompe primeraine Sont venuz veoir la royalle cohorte Amour, Triumphe, et Beauté souveraine.
En ces beaux lieux plustost que vol d'aronde Vient celle Amour des celestines pars.
Et en apporte une vive, et claire unde, Dont elle estainct les fureurs du dieu Mars : Avecques France, Angleterre enlumine.
Disant : Il fault qu'en ce camp je domine : ^ Puis à son vueil faict bon guet à la porte, Pour émpescher que Discorde n'apporte La pomme d'or, dont vint guerre inhumaine: Aussi affin que seulement en sorte Amour, Triumphe, et Beauté souveraine.
historien du tems , y portaient leurs forets , leurs prés et leurs rnoulins sur leurs épaules. Les fêtes , les bals , les festins et les tournois se succe'dèrent pendant un mois. Enfin on se sépara , et François qui avait conçu de hautes espe'rances , n'obtint de Henri VIII qu'une promesse vague de rester neutre, s'il portait ses armes en Italie.
* Sur le fronton du palais du roi d'Angleterre e'tait repre'sente' un archer anglais , avec cette devise : Qui j'accompagne est maître. Henri VIII était bien-aise de montrer à tous les yeux que la France avait besoin de l'Angleterre.
Pas ne convient, que ma plume se fonde
A rédiger du triumphe les arts ,
Car de si grans en haultesse profonde
N'en feirent onc les belliqueurs Césars.
Que diray plus? richesse tant insigne
A tous humains, bien demonstre, et désigne
Des deux partiz la puissance tresforte.
Bref, il n'est cueur qui ne se reconforte
En ce pays, plus qu'en mer la seraine,
De veoir régner (après rancune morte)
Amour, Triumphe, et Beauté souveraine.
De la beauté des hommes me déporte :
Et quant à celle aux dames, je rapporte, Qu'en ce monceau laide seroit Helaine.
Parquoy concludz, que ceste terre porte Amour, Triumphe, et Beauté souveraine.
DE l'arrivée de MONSEIGNEUR d'ALENÇON EN HAYNAULT. ^
Devers Haynault, sur les fms de Champaigne
^ Une altercation entre les maisons de Crouy et de Bouillon, donna naissance a cette guerre terrible qui, j>endant vingt-sept ans, mit en feu une partie de l'Europe. Le prince de Crouy voulait prendre l'empereur pour arbitre j le prince de Bouillon refuse avec fierté
l4 BALLADES.
Est arrivé le bon duc crAlençon ^ Avec honneur qui tousjours l'accompaigne, Comme le sien propre, et vray escusson. Là peult on veoir sur la grand' plaine unie Des bons souldars son enseigne munie , Preslz d'employer leur bras fuiminatoire A repoulser dedans leur territoire Lourdz Haynuyers, gent rustique et brutale, Voulant marclier sans raison peremptoire Sur les climatz de France occidentale. ^
Prenez bault cueur doncques France, et Bretaigne ^ Car si en camp tenez fiere façon, Fondre verrez devant vous Alemaigne, Comme au soleil blanche neige, et glaçon. Fiffres, tabours sonnez en armonie, Advanturiers que la picque on manie
de se soumettre au jugement de Charles, qu'il envoie de'fleren pleine diète , et fait une irruption dans les Pays - Bas. Charles furieux , croyant que François I^r est le moteur secret de ces hostilite's , entre aussitôt en France avec des forces formidables , s'empare de plusieurs villes , et ne s'arrête qu'aux portes de Mézières. Le roi s'avance à la tête de son arme'e jusqu'à Valenciennes , et voit son ennemi effraye fuir à son approche.
^ Le prince d'Alençon , époux de Marguerite, sœur du roi, était allé commander l'avant-gai de de l'armée.
^ Les provinces qui sont en deçà de la Moselle et de la Meuse.
^ François 1er, époux de Claude , fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne, n'avait pas encore réuni ce duché à la couronne. Ce n'est qu'en i532 que, d'après le consentement des Etats assemblés , la Bretagne devint province inaliénable de France.
Pour les choquer, et mettre en accessoire, Car desja sont au royal possessolre :
Mais (comme croy) destinée fatale Veult ruyner leur oultrageuse gloire Sur les climatz de France occidentale.
Doncques piétons raarchans sur la campaigne, Fouldroyez tout sans rien prendre à rançon : Preux chevaliers, puis qu'honneur on y gaigne Voz ennemys poulsez hors de Tarson.
Faictes rougir du sang de Germanie Les clairs ruisseaux dont la terre est garnie. Si seront mis voz liaultz noms en histoire. Frappez donc tant de main gladiatoire Qu'après leur mort, et defFaicte totale Vous rapportiez la palme de victoire Sur les climatz de France occidentale.
ENVOY
Prince remplyz de hault loz méritoire Faisons les tous, si vous me voulez croire^ Aller humer leur cervoyse, et godale, Car de noz vins ont grand désir de boire Sur les climatz de France occidentale.
«ALLADES.