II. Q
l3o RONDEAUX.
Tristesse? ouy, dy je, toute liesse.
Bref, je ne sçay bonnement lequel prendre, Dueil, ou plaisir.
Tous deux sont bons , selon que Dieu nous dresse : Ainsi la mort qui le Sauveur oppresse , Faict sur noz cueurs dueil et plaisir descendre : Mais nostre mort , qui enfin nous faict cendre , ' Tant seulement l'un ou l'autre nous laisse , Dueil , ou plaisir.
XXIY.
d'aucunes nonnains.
Hors du convent l'autrehier soubz la couldrette
Je rencontray mainte nonne proprette,
Suyvant Tabb^esse en grand'devotion :
Si cours après , et par affection
Yins aborder la plus jeune et tendrette.
* Cette belle expression rappelle la force de Bossuet. La pensée qui termine le rondeau , n'est sans doute pas tout à fait neuve ; il n'est point de mise'rable sermon où on ne la retrouve, au milieu des descriptions pevi tentantes du paradis et des peintures grotesques de l'enfer. Mais le poète la rajeunit, en quelque sorte, par le tour heureux qu'il emploie 5 et l'e'nergique concision avec laquelle il l'exprime , la rend presque sublime. Marot, jusqu'à présent, nous 'avait paru , dans les sujets pieux , embarrassé , ridicule ou au moins bizarre. Ici, il n'a aucun de ces défauts. La traduction des Psaumes nous prouvera qu'il a plus d'une fois réussi dans un genre qui n'était pourtant pas le sien.