‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. augmentée d'un essai sur la vie et les ouvrages de Cl. Marot, de notes historiques et critiques, et d'un glossaireChapitre 46 sur 329 · A UN CREANCIER · texte numérisé non relu

A UN CREANCIER

U N bien petit de près me venez prendre Pour vous payer : et si debvez entendre Que je n'euz onc Angloys "" de vostrê taille.

* Marot n'aurait pas été vraiment poète s'il n'avait pas eu de créanciers.

^ Les Anglais, maîtres de Paris sous Charles VII, s'étaient rendus odieux par leurs vexations et leurs usures. On disait '.Il y a des Anglais en cette rue ; cette phrase proverbiale signifiait : Je dois de l'ar« gent à quelqu'un qui demeure dans cette rue, et je n'y veux point passer de peur de recevoir un affront. On se servait de leurnom pour désigner des créanciers, témoin ces vers de Crétin,

Marchands taquins , usuriers incrédules ,

Pour recongnoistre ou nier mes cedules ,

Me feirent hier adjourner et citer, '

Et aujourd'hui je fais solliciter

Tous mes Angloys pour les restes parfaire ;

Ft le payement entier leur satisfaire.

l32 RONDEAUX.

Car à tous coups vous criez, baille, baille, Et n'ay dequoy contre vous me deffendre.

Sur moy ne fault telle rigueur estendre : Car de pecune un peu ma bourse est tendre : Et toutesfoys j'en ay, vaille que vaille, Un bien petit.

Mais a vous veoir ( ou Von me puisse pendre ) Il semble advis , qu'on ne vous vueille rendre , Ce qu'on vous doibt : beau sire ne vous chaille, Quand je seray plus garny de cliquaille, Vous en aurez : mais il vous fault attendre Un bien petit.

A UN POUR AVOIR DE l'ARGENT.

JlLn beau papier je sçay tant bien signer, S'il vous plaisoit, monseigneur, me finer Un cent d'escuz, ^ par vostre gentillesse, J'aurois tantost contenté mon hostesse, Et m'en irois soudain après disner.

Si vous voulez me faire consigner,

^ Un poète ne connaît guères l'avarice , accoutumé à semer l'aï dans ses vers , il attache peu de valeur à ce vil me'tal, et croit qu'il ne coûte pas plus de donner que de recevoir. Marot qui manquait toujours d'argent et jamais de cre'anciers , avait souvent recours à l'inépuisable ge'ne'rosite' du roi ; on voit qu'elle ne lui suffisait pas.

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